High Secret City / La Ville du Grand Secret avec Tom Skerritt, Lauren Holly, Kathy Baker.
Écrit par Thierry Le Peut   
30-07-2015

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Une série créée par David E. Kelley.

Un dossier conçu par Thierry Le Peut.

Crédits photographiques : CBS Television.

PICKET FENCES

HIGH SECRET CITY / LA VILLE DU GRAND SECRET

(1992/1996)

 

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PRESENTATION

A Rome, dans le Wisconsin, le Shériff Jimmy Brock et sa femme Jill, médecin de la ville (et à l'occasion légiste) élèvent leurs enfants Kimberly, Matthew et Zachary. Ce n'est pas chose facile quand on sait les bizarreries qui arrivent régulièrement en ville : crimes, drames, phénomènes étranges... et vie de tous les jours, ce qui n'est pas le plus évident à affronter ! "High Secret City - La ville du grand secret" possédait toutes les qualités inhérentes aux séries créées par David E. Kelley : une approche didactique des problèmes de sociétés, des personnages attachants, et un goût prononcé pour les situations à mi-chemin entre burlesque et satire...

La série compte un pilote de 90 minutes et 87 épisodes de 45 minutes, diffusés entre le 18 septembre 1992 et le 24 avril 1996 sur le réseau CBS. En France, la série a été diffusée à partir de 1995 sur TF1.

 

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ANALYSE

Les barrières blanches (picket fences) qui entourent les pavillons de la banlieue américaine sont un symbole de cette nation. Très naturellement, la question de savoir ce qui se passe derrière ces piquets proprets est devenue l’un des motifs récurrents des productions, pas seulement télévisées, issues des usines hollywoodiennes. C’est sans doute de ce constat très simple qu’est parti David E. Kelley, formé à l’école de "La Loi de Los Angeles", pour créer ce qui fut sa première « grande série ». On y retrouvait les ingrédients qui ont fait la renommée du « maître-scénariste » avec ses succès futurs : du drame, de la musique pour adoucir les moeurs, des incongruités en veux-tu en voilà et une pincée d’étrangeté pour souligner la « légèreté de l’être ».

Mal diffusée en France où elle avait changé d’horaire et de titre plus souvent qu’à son tour, "Picket Fences" (successivement "Un drôle de shérif" puis "High Secret City" / "La ville du grand secret", étiquette purement commerciale sans rapport avec le contenu du programme et appliquée par TF1 a depuis enfin reçu la reconnaissance qu’elle méritait grâce à plusieurs diffusions sur le câble et le satellite, ce qui permettait enfin de voir la série dans son intégralité et dans l’ordre, sans amputations intempestives. C’est en effet le seul moyen d’en mesurer les grandes qualités : car même si ce n’est pas la meilleure série de Kelley c’est l’une des plus attachantes, peut-être grâce à la prééminence du drame sur le « grain de folie » qui s’est emparé plus tard d’"Ally McBeal", mais d’un drame fondamentalement humaniste et optimiste en dépit des malheurs et des horreurs que conte la série.

"Picket Fences" faisait en outre figure de programme fondateur de la « Kelley’s Touch » dans la mesure où elle intronisait des comédiens qui ont prêté ensuite leur concours aux autres productions maison : Fyvush Finkel, insupportable avocat opportuniste, retrouvera un rôle analogue dans "Boston Public", où se commettra également Kathy Baker, ici mère de famille, médecin et femme politiquement concernée. C’est que "Picket Fences" est aussi une série excellemment jouée, emmenée par un vieux briscard du grand écran, Tom Skerritt (Dallas dans "Alien"), et soutenue par plusieurs générations de comédiens talentueux : la série révéla Holly Marie Combs qui s’emploiera ensuite à chasser les démons dans "Charmed", mais aussi le petit Adam Wylie, Costas Mandylor devenu le héros de "Secret Agent Man", ainsi que Lauren Holly. Elle a bénéficié en outre de la présence d’un vétéran de l’écran, Ray Walston, l’inoubliable "Martien favori" (pour ceux qui l’ont connu dans ce rôle), qui par le rôle du Juge Henry Bone marque la série de sa présence tutélaire. Lorsque l’on a assisté aux prises de bec de Walston et Finkel et aux scènes dramatiques qui réunissent leurs deux personnages, on ne peut plus les oublier et l’on tient là l’essence même de "Picket Fences", sa nature parfois douloureusement humaine masquée de prime abord par les allures revêches, cyniques ou brutales de ses personnages.

Le titre faisant office de ligne fondatrice et directrice de la série, on ne s’étonne pas que celle-ci s’employait à révéler les drames que peut abriter une petite ville « typique » de l’Amérique des années 90 , de même qu’elle dévoilait peu à peu des protagonistes souvent plus complexes qu’il n’y paraît. Kelley y appliquait en outre son goût des tournures judiciaires pour revisiter à sa manière, souvent polémique et enlevée autant que dramatique et touchante, les thèmes traditionnels du programme familial : l’idéalisme inhérent au genre, et que ne reniait pas Kelley, se voyait ainsi soumis à un point de vue adulte, doux-amer, qui tentait de réconcilier un certain optimisme et une dureté réaliste.

Les personnages épisodiques sont souvent bouleversants, qu’il s’agisse du nain amoureux interprété par Michael Anderson (celui de "Twin Peaks" et de "Carnivale") ou du professeur atteint d’une tumeur au cerveau dans le même épisode, « L’étonnant M. Dreeb ». En donnant à ses personnages principaux les fonctions les plus symboliques de la société actuelle (le shérif, le juge et l’avocat d’une part, le médecin de l’autre) et en combinant les points de vue de plusieurs générations, Kelley s’assurait de pouvoir explorer à peu près toutes les voies imaginables, d’autant qu’il ajoutait au cadre typiquement familial de la série le « grain de folie » qu’il cultivait déjà dans "La Loi de Los Angeles" et qui l’autorisait à distordre à volonté la réalité parfois trop étriquée pour son goût de l’emphase et de l’excès. "Picket Fences" est ainsi l’une des séries du « maître » qui a su le mieux exploiter ce que l’on appellera un « hyperréalisme » plutôt qu’un « surréalisme », les excès du scénario permettant de révéler ce que la vie la plus ordinaire recèle d’humanité et de drame.

Car on aurait grand tort de penser que l’univers de David E. Kelley n’est pas un univers réaliste. C’est tout le contraire : les personnages de "Picket Fences", comme ceux d’"Ally McBeal", tout autant que les situations qu’ils vivent, sont plus proches de nous que ceux de "NYPD Blue" absorbés tout entiers par leur environnement. Le monde du 15th Precinct est le nôtre tout en nous restant étranger : si les expériences vécues par ses policiers rejoignent notre propre expérience exacerbée ou fantasmée du réel, leur univers se présente comme un monde autre, clos et oppressant en dépit des échappées personnelles offertes par les personnages. Le postulat policier étant moins fort dans "Picket Fences", au profit du familial, la série de Kelley multipliait au contraire les ouvertures sur « notre » univers, par ses décors (maison, petite ville, école, pelouses, cabinet de médecin), ses personnages très communs, ses intrigues issues d’une existence normalisée. Si l’Amérique typique nous demeure étrangère par nature – les épisodes s’ouvrent parfois sur un montage de plans fixes alignant de purs clichés de la « petite ville américaine », avec sa petite église, son école, ses pavillons, ses drapeaux nationaux flottant en devanture -, évoquant pour nous une image quasiment mythique (celle-là même qui sert de cadre « typique » à l’"Halloween" de John Carpenter), elle correspond en revanche au quotidien de nombre d’Américains, qui se reconnaissent d’emblée dans la Rome de Kelley (car, pour les non-initiés, l’action se passe à Rome... Wisconsin).

Ce que l’on a appelé la « Kelley’s Touch », ces moments de pure folie qui ont tiré ses scénarii vers l’improbable pour mieux cultiver l’humour noir et faire échec au cynisme, ne sont finalement qu’un outil dramatique permettant d’exacerber l’ordinaire, le faisant paraître extra-ordinaire alors même que ce qui nous est désigné n’est que le reflet de nos propres existences. Le nain, omniprésent dans « l’imaginaire » kelleyien (sic), stigmatise la différence ostracisée par la société, déclinée à loisir dans toutes sortes d’excentriques et d’originaux. Les morts à répétition, frappant particulièrement les notables de la ville, sont les prétextes à des moments de crise où se révèlent les uns et les autres, et finissent par devenir une inside joke, comme le furent déjà les accidents d’avion dans Dallas (où ils revenaient avec presque autant de régularité que le barbecue Ewing). Les mouvements vaudevillesques qui se jouent dans les décors récurrents de la série – le bureau du shérif, la Cour du Juge Bone, la maison des Brock -, avec leurs joutes verbales et leurs règlements de comptes personnels, tiennent autant de la comédie que du mélodrame, reposant toujours sur une vérité à fleur de peau dans laquelle chacun se reconnaît aisément. Et si certains personnages font plus que frôler la caricature, c’est pour mieux croquer les travers de la vie moderne, où le travail dévore la vie privée et où le doute et la peur de l’engagement condamnent à la solitude. "Picket Fences" déclinait ainsi la problématique d’"Ally McBeal", intrinsèque également à "The Practice" ou "Boston Public" en dépit de leurs tonalités différentes.

"Picket Fences" est, comme les autres programmes de Kelley, un ensemble show : les moments vécus par les uns et les autres se recoupent, se rejoignent et se heurtent en un ballet aussi humain qu’il est didactique. Au centre du spectacle se tiennent le shérif Jimmy Brock et sa femme Jill, les « normaux » de la série, dont la préoccupation première est l’éducation de leurs enfants dans un monde en proie à toutes les turpitudes et soumis à de multiples dangers : l’injustice, les crimes sexuels, le harcèlement, l’intolérance sont ainsi abordés autant dans leur contexte policier et adulte que dans leurs résonances sur les esprits en formation des enfants Brock, qu’il s’agisse de Kimberly, l’adolescente, ou des deux jeunes garçons, Matthew et Zachary.

Au fil des épisodes et des saisons, la religion, clef de voûte de cette Amérique moyenne mise en scène dans la série, s’affirme comme l’un des thèmes fondamentaux de celle-ci, dans son caractère doctrinaire comme dans sa portée individuelle : d’un côté les représentaux officiels des églises catholique et protestante s’affrontent au mépris parfois de leur dignité, de l’autre le shérif Brock est confronté à sa propre difficulté à croire, qui le rend bien incapable d’expliquer à ses enfants en quoi consiste la foi véritable. Dans sa dimension politique et sociale, la religion se heurte aux atrocités commises à Rome et joue un rôle essentiel dans les débats éthiques soulevés lors des nombreux réquisitoires tenus à la Cour du Juge Bone. Poussant l’audace jusqu’à l’absurde, Kelley réalise dans la quatrième saison le fantasme ultime : non seulement faire venir le Pape à Rome (Wisconsin) mais carrément le faire comparaître devant la Cour en qualité de témoin, harcelé par la Défense !

Série audacieuse et simple à la fois, ouverte chaque semaine par un thème musical mi-entraînant mi-mélancolique de Stewart Levin, "Picket Fences" réussissait à plaire et toucher à la fois, à faire réfléchir son public tout en le divertissant, l’appâtant par ses situations bizarres pour mieux le prendre au piège de l’émotion et du sens critique. Une gageure qui suffisait à lui ouvrir les portes de ce monde si changeant que d’aucuns appellent : les grandes séries. Petite grande ou grande petite, ensuite, c’est juste pour discutailler.

L’honnêteté intellectuelle pousse à reconnaître qu’il existe finalement bien un rapport entre ce titre opportuniste et le contenu de la série : celle-ci se donne pour postulat l’observation de ce qui se passe derrière les « barrières » d’une petite ville américaine typique, et le titre français fait intervenir l’idée de « secret » dissimulé au coeur d’une ville. Mais il le fait en évoquant un « grand secret » unique, enjeu de la série dans son entier, alors que la série a pour objets les « secrets » ordinaires de gens ordinaires. C’est en cela que le titre de TF1 – dont on regrette qu’il soit resté accollé au programme – était un mensonge sur le contenu, qui avait créé une attente inappropriée quant au produit fini.

 

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LE PRODUCTEUR : DAVID E. KELLEY

Après avoir suivi des études de droit à Boston, Kelley commença à exercer comme avocat dans cette même ville. Dans les années 1980, David Kelley participa à la série "La Loi de Los Angeles", d'abord comme scénariste de quelques épisodes puis en tant que producteur. Face à son succès, il se lance alors dans l’écriture plus régulière et crée la série "Un drôle de shérif" (ou "Picket Fences" en version originale) diffusée de 1986 à 1992. Devenu auteur confirmé, il se fait (re)connaitre au milieu des années 90 par diverses séries dont il devient également producteur exécutif dont "La Vie à tout prix" ("Chicago Hope" en version originale) en 1994, "The Practice : Bobby Donnell & Associés" en janvier 1997, "Ally McBeal" en septembre 1997, "Boston Public" en 2000, "Girls Club" en 2003, "Boston Justice" ("Boston Legal" en version originale) en 2004) et "Harry's law" depuis janvier 2011.

Bien que traitant de thèmes relativement divers (cadre hospitalier dans "Chicago Hope", cabinets juridiques dans "Ally Mc Beal", "The Practice", "Boston Legal" et "Harry's law", enseignement pour "Boston Public"), les séries de David Kelley sont caractérisées par leur humour décalé et par les problèmes moraux et éthiques qui obsèdent leur créateur. Ainsi, la majorité des personnages (principaux et secondaires) présentent un univers décalé où règles de bienséance (ou politiquement correctes) et idées reçues sont totalement bouleversées par des retournements de situations permanents ("The Practice") et des airs de comédie musicale récurrents ("Ally McBeal", "Boston Public").

 

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Tom Skerritt.

 

ANECDOCTES

Le rôle principal d’"High Secret City / La ville du grand secret" est tenu par Tom Skerritt. Avant cette série, l’acteur avait notamment été à l’affiche de "Mannix", "M*A*S*H*", "Le Virginien", "Bonanza", "Cannon", "Baretta" et "Cheers". Au cinéma, il a participé à "Alien" de Ridley Scott, "Contact" de Robert Zemeckis et "Et au milieu coule une rivière" de Robert Redford. Après l’arrêt de la production, il est apparu au générique de "Brothers & sisters", "The Closer" et "Leverage", entre autres. A noter que Christopher Reeve ("Superman" et ses suites) avait refusé d’incarner le personnage du shérif.

- Lauren Holly incarne Maxine Stewart dans la série. En 2005, elle est devenue Jenny Shepard, la directrice du NCIS, aux côtés de David McCallum et Mark Harmon. Avant cela, l’actrice avait tenu le rôle du Dr. Jeremy Hanlon dans une saison de "Chicago Hope, la vie à tout prix" (1999), autre production signée David E. Kelley.

- Parmi les acteurs emblématiques d’"High Secret City / La ville du grand secret" figure Holly Marie Combs. Âgée de 19 ans au début de la production, elle a ensuite rejoint l’équipe d’Aaron Spelling et de "Charmed" dès 1998, avec Alyssa Milano et Shannen Doherty. Après ce succès mondial, elle est devenue Ella Montgomery dans "Pretty Little Liars" en 2010.

- En France, "Un Drôle de Shérif" ou "High Secret City / La ville du grand secret" a débarqué le samedi 01 juillet 1995 à 14h45. La série a été diffusée durant tout l’été. L’été 1997, elle a rejoint "Walker, Texas rangers" et "Les Dessous de Palm Beach" dans 1, 2, 3 séries, le vendredi en prime time. Elle était la troisième série de la soirée.

Dernière mise à jour : ( 30-07-2015 )