Le Prisonnier avec Patrick McGoohan.
Écrit par anonyme   
30-01-2014

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Une série imaginée par Patrick McGoohan.

Un dossier conçu par : auteur à déterminer.

Crédits photographiques : ITC Television / Everyman Films Limited.

LE PRISONNIER

(1967)

 

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Préambule 1 : cet article constitue un cas atypique dans les colonnes du Magazine des Séries puisque son auteur demeure inconnu encore aujourd'hui. Nous l'avions publié dans une ancienne version du site mais, au hasard des changements que nous avons opérés récemment, nous avons perdu toute trace du rédacteur du présent dossier. Aussi, nous espérons que, par votre intermédiaire, il sera possible de le retrouver, et de lui rendre justice dans le cadre strict du respect des droits d'auteur.

Merci par avance de votre compréhension et de votre soutien.

La Rédaction du Magazine des Séries.

 

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Préambule 2 : nous vous proposons une présentation du chef d'oeuvre d'un comédien : Patrick Mc Goohan. Il s'agit bien évidemment de la série "Le Prisonnier". Toutefois, vouloir étudier ce programme dans site consacré aux fictions télévisées relève d'un double paradoxe.

Le premier paradoxe est que le show "Le Prisonnier" n'est pas une série. C'est une oeuvre télévisuelle de durée limitée (dix-sept épisodes), conçue à une époque symboliquement très chargée (la fin des années 60), pour une télévision à bien des points de vue encore naïve, par un acteur-concepteur-producteur qui l'a marquée de sa très forte personnalité, et située dans un lieu proprement irréel, l'hôtel de Portmeirion, étonnant lieu de villégiature pour personnes fortunées, édifié au Pays de Galles par un architecte visionnaire, Sir Clough Williams-Ellis.  

Le second paradoxe n'est pas moins important : il est difficile de rendre compte par écrit d'un objet aussi complexe et multiforme. En effet, comment décrire par les seuls mots la richesse d'une oeuvre dont l'aspect visuel est indissociable de ses résonances profondes ? Tout le monde connaît "Le Prisonnier"; du moins nombreux sont les individus, amateurs de séries ou non, qui en ont entendu parler. Mais personne ne peut affirmer la connaître, car il s'agit d'un objet insaisissable.  

C’est pourquoi, afin de mieux l’appréhender, vous trouverez une analyse du storyline qui forme la structure de base de chaque aventure, une présentation des conditions de tournage, le casting des techniciens ayant collaboré avec Patrick Mc Goohan, une présentation des metteurs en scène des 17 épisodes, et enfin le guide des épisodes avec les dates de première diffusion au Royaume-Uni ainsi qu'en France.  

 

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LE CONCEPT

Un village en bord de mer auquel on n'accède qu'en hélicoptère, entouré d'une forêt infranchissable gardée par un cerbère aussi puissant que mortel, le Rôdeur, sorte de sphère blanche, molle et bondissante qui se déplace dans un hurlement à vous glacer le sang ou tue un homme sans difficulté : telle est la prison que représente le Village.              

Dans cette geôle en apparence dorée, qui tient plus au premier abord du lieu de villégiature que du bagne, où l'argent est remplacé par des "unités de crédit", où les téléphones publics ne permettent que des appels locaux, où les postes de radio et de télévision, qu'il est impossible d'éteindre, diffusent en permanence un programme calibré, des hommes et des femmes en canotier et vêtements multicolores se déplacent à pied ou en petite voiture, et arborent tous un badge faisant apparaître leur numéro.              

Captifs ou consentants ? Libres ? Dans un lieu aussi étrange ? Le mot libre prend une consonance particulière dans ce "club de vacances", ce "Village" qui offre la plupart des facilités dont on peut rêver. Chacun est logé dans un petit cottage pastel équipé de l'appareillage domestique dernier cri et les tâches ménagères sont assurées par un personnel spécialisé. D'ailleurs, les habitants ne travaillent pas vraiment : ils passent leur temps à jouer aux échecs, à participer à des concours artistiques ou, tout simplement, à profiter du temps toujours radieux qui y règne, ce qui est un aspect très inattendu, comme si le Village se situait hors du temps et de la contrainte des climats. La vie au Village aurait tout de vacances éternelles si les habitants n'étaient pas en résidence surveillée, s'ils n'étaient pas plus concrètement des prisonniers !

 

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UN CHEF D’ŒUVRE DU PETIT ECRAN  

Ni sa vision prémonitoire d'un monde inhumain sous des dehors souriants, en passe de devenir le nôtre, ni la richesse de ses "inventions" ne suffisent à expliquer l'admiration dont "Le Prisonnier" est l'objet 43 ans après sa première diffusion. La série ne serait, de nos jours, qu'une curiosité un peu kitsch sans son incontestable valeur artistique. Une notion qu'il n'est pas courant d'associer à la télévision, à propos de laquelle on évoque plus souvent une autre acception du Mot "valeur". Certains - n'appartenant en général pas à la "génération séries" - s'obstinent encore à nier une évidence dérangeante pour l'ordre des choses culturelles. Ignorant la contradiction, ils se contentent d'expliquer le succès actuelle de la série à la fois par la nostalgie des Sixties et pas l'intemporalité de ses décors et costumes qui lui aurait évité de se démoder. Or, si l'allégorie se déploie dans un temps incertain où coexistent archaïsme et futurisme (Ne trouve-t-on pas, là encore, une des caractéristiques de notre monde dit moderne?), "Le Prisonnier" appartient pleinement à l'époque et au pays qui l'ont vue naître. Remarquons, au passage, que c'est le cas de toute les oeuvres importantes et que ces considérations sur la mode ne s'appliquent curieusement qu'aux productions télévisuelles. Il ne viendrait pas à l'esprit de juger démodé un films des années 40 sous le seul prétexte que ses héroïnes sont des blondes platinées, ni des années 50 parce que ses héros arborent chapeau mou et imperméable à la Bogart ! De plus, s'agissant du "Prisonnier", constatons que le dernier épisode est rythmé par All you need is love des Beatles et qu'un de ses personnages principaux est un hippie en costume d'époque. Et, plus important encore, que de nombreux thèmes socio-politiques abordés par la série n'avaient rien d'intemporel et étaient, au contraire, furieusement dans l'air du temps.  

En France, "Le Prisonnier" a même souvent été considéré comme la parfaite illustration des thèses situationnistes. Les premières éditions de La société du spectacle de Guy Debord (éd. Buchet-Chastel) et du Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigner (éd. Gallimard) datent respectivement de novembre et décembre 67...

 

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PATRICK McGOOHAN  

Patrick McGoohan est né le 19 mars 1928 à New York, mais il vivra toute sa jeunesse en Angleterre, sa famille s'y étant installé dès 1935. Il se lance dans le théâtre en 1948 et affiche plus de 80 pièces à son actif ! La suite de son portrait : Patrick McGoohan.

 

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UNE FORMIDABLE CONJONCTION DE TALENTS

Patrick McGoohan a raconté à plusieurs reprises comment Lew Grade, le grand patron d'ITC à l'époque, lui avait donné "carte blanche". Il avait ainsi obtenu d'être le producteur délégué de la séries à travers sa propre société de production, Everyman Films Ltd., fondée en 1960 et dont David Tomblin était co-directeur. Il fut donc le véritable maître d'oeuvre du "Prisonnier", pour lequel il disposa d'un budget confortable.

Selon ses propres dires, il portait en lui depuis longtemps l'idée de cette "énigme allégorique" dont deux rencontres, lors du tournage de "Destination danger", devaient lui fournir le cadre et le point de départ scénaristique. Celle du Village, où il vint tourner des scènes de l'épisode "Le Paysage Qui Accuse" pour la série "Destination Fanger" et celle de George Markstein, le surperviseur des scénarios pour la 4ème saison couleur (les 2 épisodes : "Koroshi" et "Shinda Shima"), scénariste et auteur réputé de romans d'espionnage, qui lui avait révélé l'existence de luxueuses maisons de repos où l'on mettait au vert, et surtout au secret, pendant la Seconde Guerre mondiale, d'anciens espions "qui en savaient trop"... George Markstein allait, ailleurs, devenir script editor du "Prisonnier", qu'il quitta après 12 épisodes en raison du grave différend l'opposant à Patrick McGoohan sur la séries.

Henry James, dans L'art de la fiction, a décrit le roman comme un tissu dans le quel chaque point contient tous les autres. Cette description pourrait parfaitement s'appliquer au "Prisonnier" (à l'exception des trois épisodes ex-inédits) dont chaque image renvoie à la totalité. Cette caractéristique est due au fait qu'elle fut l'oeuvre d'un seul artiste. Patrick McGoohan peut, en effet, en être considéré comme le véritable créateur. Principal interprète, il réalisa, de plus, quatre épisodes (pour 2 d'entre eux, il écrivit aussi le scénario). Mais, surtout - les témoignages recueillis depuis s'accordent sur ce point - il s'occupa de tout : des scripts, des dialogues, du montage, du choix de la musique, qu'il fit inlassablement modifier. On rapporte même qu'il aurait pianoté les premières mesures du thème du générique...

La réussite de l'oeuvre doit certes beaucoup à son inspiration visionnaire, mais aussi au soin perfectionniste dont il entoura sa réalisation. Robin Llywelyn, petit-fils de l'architecte créateur du Village et ancien directeur de l'Hôtel Portmeirion, a raconté comment dans son enfance, il s'était ennuyé à suivre, sur la plage, le tournage de scènes indéfiniment recommencées. Selon les normes de l'époque, les 17 épisodes auraient dû être terminés en 6 mois. Or, après une phase active de pré-production, leur réalisation s'étala de septembre 66 à janvier 68 permettant à McGoohan de participer au film de John Sturges : "Station Polaire : Destination Zebra".

Patrick McGoohan avait su aussi - et il en avait les moyens - s'entourer d'une équipe de haut niveau. Le choix de Don Chaffey du déterminant. Connu comme réalisateur de cinéma (entre autre pour "Jason et les Argonautes") et de télévision (il avait signé certains des meilleurs épisodes de "Destination Danger" et de "Chapeau melon et botte de cuir"), c'est lui qui donna au "Prisonnier" son style et sont rythme si particuliers. Il réalisa 4 épisodes, dont le premier, surtout, influença les autres réalisateurs. En outre, présent à Portmeirion dès le premier tour de manivelle, il y avait filmé la plupart des extérieurs qui devaient être utilisés tout au long de la série. Enfin, c'est lui qui réalisa les fameux générique et post-générique.

Tout aussi judicieux fut le choix des autres membres de l'équipe qui compta certain des meilleurs professionnels du moment, en particulier des réalisateurs et des scénaristes dont les noms étaient souvent apparus aux génériques des grandes séries de cet âge d'or de la télévision britannique. Patrick McGoohan bénéficia aussi de la collaboration efficace de sont ami David Tomblin, producteur, réalisateur et scénariste. C'est lui qui consigna avec George Markstein le scénario qui lança toute l'histoire, celui de "L'arrivée". ("Le meilleur scénario que j'aie jamais lu", devait déclarer plus tard Patrick McGoohan...)

Quand aux acteurs, si les extraordinaires prestations de Leo McKern (venu comme McGoohan, du théâtre), d'Angelo Muscat et d'Alexis Kanner sont les plus souvent citées, tous furent excelents, bien que la plupart n'aient jamais eu connaissance de la signification de l'ensemble, que Patrick McGoohan garda jalousement secrète jusqu'à la fin...

Le directeur artistique, Jack Shapman, et le directeur de la photographie, Brendan J. Stafford, apportèrent, pour leur part, une contribution essentielle à l'esthétique de l'oeuvre. L'un et l'autre avaient déjà occupé le poste sur "Destination Danger". C'est Jack Shampan qui créa les principaux décors (salle de contrôle, bureau circulaire du Numéro 2,...) et conçut (avec Patrick McGoohan) les principaux objets et gimmicks. Décors et objets qui ne se limitèrent pas à servir de cadre d'action, mais contribuèrent au sens de l'allérgorie et donnèrent au "Prisonnier" cette indéfinissable étrangeté qui lui est propre. Brendan J. Stafford joua également un rôle considérable et la beauté onirique des images lui doit beaucoup.

Enfin, la musique - qu'il s'agisse du thème du générique composé par Ron Grainer, des accompagnements des scènes d'action et de poursuite, signés Albert Elms, des thèmes discordants et avant-gardiste de Willfred Josephs, des adaptations de classique (Vivaldi, Bizet), des fanfares du Village, ou encore de l'utilisation du fameux All you need is love des Beatles ou du spiritual Dry bones dans le dernier épisodes - fut à la hauteur des autres composantes d'une oeuvre dont la qualité reste, à ce jour, inégalée dans l'histoire de la télévision.

 

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LE TOURNAGE DE LA SERIE

1966 est une année charnière pour Patrick Mc Goohan. Après avoir tourné 86 épisodes de la série "Destination Danger", l'acteur abandonne son rôle d'agent secret, gagné par la lassitude, et présente à Lew Grade, le grand patron d'ATV, le projet d'une nouvelle série. Qu'il y est une sorte de continuité entre "Destination Danger" et "Le Prisonnier" est cause entendue pour de nombreux téléspectateurs quand débute la diffusion du nouveau programme. Cette vision est ainsi confortée par les déclarations de George Markstein, auteur réputé de romans d'espionnage, et scénariste des dernières aventures de John Drake, notamment celles des deux et uniques épisodes couleur. Markstein participera, dés le début, à l'aventure du "Prisonnier", dont il co-signe avec David Tomblin le scénario du premier épisode "L'arrivée". Markstein restera également le "Script Editor" jusqu'au douzième épisode, puis il quittera le show à la suite d'un grave désaccord avec la star Patrick Mc Goohan, dont le caractère ombrageux fait désormais partie de la légende de la télévision.

En effet, à 38 ans, Patrick Mc Goohan a en tête une mini série que lui inspire un décor peu ordinaire, le petit village de Portmeirion, situé dans le nord du Pays de Galles et oeuvre de l'architecte gallois, Sir Clough William-Ellis. Dans les années 1920 et 1930, cet original fit se côtoyer les éléments architecturaux les plus divers afin d'offrir un lieu de villégiature unique qui vit défiler Noel Coward ou George Bernard Shaw. Ayant convaincu, Lew Grade de financer ce nouveau projet, le tournage du projet de Mc Goohan commence en septembre 1966, les séquences d'intérieur étant réalisées aux studios Elstree/MGM à Borehamwood, dans la banlieue de Londres. Patrick Mc Goohan s'entoure quasiment de la même équipe que pour sa précédente série, dont le fameux directeur de la photographie, Brendan J. Stafford. On peut légitimement penser que son travail sur l'emploi de la pellicule couleur lors du tournage des deux derniers épisodes de "Destination Danger" préfigurait celui qu'il aurait à réaliser pour "Le Prisonnier".

Au sein du casting, on peut également repérer l'opérateur de prises de vues, Jack Lowin, le remarquable directeur artistique, Jack Shampan, qui avait assumé des fonctions identiques au cours de la seconde saison de "Destination Danger". Rose Tobias-Shaw, directrice de casting pour les saisons 2, 3 et 4 sur la précédente série de Mc Goohan, retrouva le même poste dans "Le Prisonnier". Enfin, dans l'une et l'autre des séries, le maquillage fut confié à Eddie Knight, les costumes à Masada Wilmot et la coordination des combats et des cascades à Leslie Crawford.

Pour conclure, on peut par ailleurs observer que Patrick Mc Goohan, qui avait dirigé trois épisodes de "Destination Danger", se remit à la tâche pour cinq épisodes de sa nouvelle série, ceci symbolisant la touche personnelle qu'il apporta au show.

 

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UNE SERIE-CULTE

"Le Prisonnier" tomba vite dans l'oubli, des programmateurs des chaînes du moins, car le courrier des magazines télé de l'époque en témoigne, son souvenir était resté vivace dans l'esprit de certain téléspectateurs. Les plus jeunes d'entre eux, appartenant à la "première génération télé", sont nombreux à décrire, encore aujourd'hui, la fascination mêlée de terreur qu'ils éprouvent en voyant apparaître une monstrueuse boule blanche dans l'écran de téléviseur familial, devant le quel le petit Martin Tupper, le héros de "Dream On", les avaient inconsidérément installés leur géniteurs. Et il devait paraître, au fil des années, quelques articles révélant l'intérêt durable suscité par la séries. Le plus important est incontestablement celui que signa Jean-Marc Lofficier dans le n°4 de L'Ecran fantastique en mars 78, intitulé "Le Prisonnier ou le fantôme de la liberté". La future série-culte allait, des années durant - comme bien d'autre, et comme cela se pratique encore couramment de nos jours - servir de "programme de complément", en fait de bouche-trous en cas d'annulation d'émissions, de panne ou de grève...

En 1977, quelque épisodes furent diffusé au cours de l'émissions "Samedi est à vous". La première véritable rediffusion de la séries comportant la totalité des épisodes doublés (l'avant-dernier épisode n'avait toujours pas été diffusé et le dernier ne l'avait pas été depuis 68 !), eut lieu en 83-84, dans le cadre de "Temps X", l'émission de science-fiction des frères Bogdanoff, à laquelle collaborait un certain Alain Carrazé. Elle courut sur deux périodes, séparées par les vacances : en mai-juin, le mardi en milieu de soirée, puis de septembre à mars, le mercredi à 16h45.

Alain Carrazé a relaté dans le n°3 du Rôdeur, comment il réussit à convaincre les producteurs de l'émission de racheter les 14 épisodes doublés et comment il veilla à ce qu'il soient diffusés dans les meilleures conditions possibles : copies neuves et restituant les scènes coupées en 68, respect de l'ordre de la diffusion d'origine en Grande-Bretagne. Et aussi pourquoi il lui avait été impossible, pour des raisons économiques principalement, de faire doubler les 3 inédits, qu'il jugeait du reste - et à juste titre - secondaires.

De nombreux journaux et magazines (pas seulement télé) annoncèrent l'événement . Les magnétoscopes permettaient déjà d'ignorer les fluctuations de la programmation de Temps X et la diffusion de l'avant-dernier épisode suscita un intérêt paroxystique chez les téléspectateurs dans l'attente du mystérieux "Dénouement" (La plupart l'avaient oublié ou ne l'avaient jamais vu.) Pour couronner le tout, "Temps X" avait programmé la semaine précédente, un reportage qu'Alain Carrazé était allé tourner à Portmeirion, qu'il a qualifié lui-même de "petit docu-drama de 15 minutes en hommage à la série". On y suivait les déambulations d'un reporter à la recherche de "l'esprit de la série", à travers un Village curieusement hivernal, où tourbillonnaient des feuilles mortes et dont certains bâtiments apparurent tristement délabrés. (L'énergique programme de restauration de ces dernières années lui a rendu, depuis, tous sont éclat.)

TF1, toujours propriétaire des droits à l'époque, rediffusa "Le Prisonnier" de septembre à décembre 86, le samedi soir vers minuit. Le succès fut à nouveau au rendez-vous, ce dont témoignèrent une nouvelle vague d'article dans la presse (dont une double page dans Libération daté du 13-14 décembre) et un excellent taux d'audience étant donné l'heure tardive de programmation. Ces deux diffusions furent à l'origine de "l'effet culte" dans notre pays. Mais les amateurs du "Prisonnier", même s'ils étaient de plus en plus nombreux, constituaient encore un groupe de "happy few". Ceux-là même qui allaient déplorer, quelques années plus tard, de voir leur chère série, qu'ils croyaient souvent être les seuls à admirer en secret, devenir l'objet d'un culte, ou, pire, d'un commerce. Retrouvant un mot qui faisait fureur lors de sa première diffusion, certains parlèrent de "récupération"... 

 

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NUL N'EST PROPHETE EN SON PAYS

Qu'est-ce qui poussa, en 1967-68, une poignée de Britanniques à prendre leur voiture, y fourrer un téléviseur portatif, et sillonner le pays pour s'approcher des émeteurs de télévision des régions voisines ? La réponse tient en deux mots : "The Prisoner" ! ITV, la troisième chaîne britannique qui propose ses programmes à des heures et jours différents selon les régions, diffusait, en effet pour la première fois, la séries... en noir et blanc. En cette fin de décennie, personne n'avait encore entendu parler d'une machine capable d'enregistrer, depuis chez soi, les programmes de télévision. Si l'on voulait revoir une émission, ou bien la voir en avant-première, on devait se déplacer vers la région où elle était diffusée. Quand le dernier épisode du "Prisonnier" fut annoncé à la télévision écossaise, le 01 février 68, les plus passionnés ne purent résister à l'envie de partir à la recherche de l'émetteur béni. Assister à la diffusion, en première mondiale, de "Fall Out", était une occasion unique et trop belle pour être manquée...

On ne sait si ce sont les mêmes qui se rendirent dans les Midlands le 02 février ou à Londres, le 04, pour revoir ce qui fut considéré - à tort - à l'époque comme un vaste pied de nez au téléspectateurs de la part de McGoohan. Rivés à leur téléviseur depuis septembre 67 (le premier épisode fut diffusé sur ATV Midlands le 29), un grand nombre d'entre eux furent pour le moins surpris. La plus part s'attendaient à voir une suite de "Destination Danger". La presse avait, en effet, annoncé que la séries racontait l'histoire d'un agent secret démissionnaire! Pour se forger une idée définitive (?) sur la question, il leur restait toutefois la possibilité de se déplacer vers les émetteurs de Granada TV qui, ayant démarré la séries un mois après ses consoeurs, n'en diffusa la fin que le 1er mars 68.

Vers le milieu des années 70, les chaînes régionales d'ITV reprogrammèrent la série dans une joyeuse anarchie, chacune selon son humeur. C'est grâce à cette diffusion (en couleur) qu'elle acquit sont statut de classique du petit écran et que naquit Six of One, la Société s'appréciation du "Prisonnier". La rediffusion fut marquée par un mini-scandale: pour une sombre histoire de quotas, la station régionale Southern TV amputa "Fall Out"de plusieurs minutes.  

En 1983/84, Channel 4, la chaîne culturelle alors créée de fraîche date, offrit pour la première fois à tous les Britanniques de voir, en même temps, la serie. Enfin presque, car, dans la pratique, la chaîne ne pouvait pas être captée sur l'ensemble sur territoire. Dommage, car la série était présentée dans des copies 35 mm. La dernière programmation en date (de septembre 92 à janvier 93 sur Channel 4) suscita le même vif intérêt que les précédentes, même si les téléspectateurs avaient eu la mauvaise surprise de découvrir, tout comme d'ailleurs en 83, à cause d'une copie défectueuse, que la scène de l'épisode "A, B & C" entre le Prisonnier et "B" avait était complètement supprimée! Par chance, des copies intactes sont encore en circulation...

Un épisode, "The girl who was death" ("La mort en marche"), sembla bénéficier d'une aura bien singulière, étant donné sa relative représentativité de la série. En juillet 82, ITV l'inclua dans l'émission baptisée "Best of British", ce qui en fit le premier épisode à avoir été diffusé à l'échelle nationale en Grande-Bretagne ! Le 02 mai 92, Channel 4 repris la même idée et le diffusa dans "TV Heaven", une sorte de télé-club...

Les heureux téléspectateurs britanniques n'eurent toute fois pas à se soucier bien longtemps du bon vouloir des chaînes pour avoir la possibilité de retrouver leur série (même si rien ne remplace la vision d'un épisode en direct). Precision Video commercialisa, dès juin 82, quatre volumes de deux épisodes. Mais à 40£ (400 FF de l'époque) la cassette, "Le Prisonnier" en restait abordable qu'aux seuls porte-monnaies bien remplis. Tous les épisodes, édités par Channel 5 en 9 cassettes, furent en revanche, commercialisés en 86.

Une nouvelle réédition fut lancée fin 92, cette fois par ITC Video. Désormais complète, elle proposait la série en 5 K7 regroupant tous les épisodes. Depuis, et fort heureusement, l'ère du dvd est passé par là rendant enfin justice au "Prisonnier".

 

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A PROPOS DES REALISATEURS

Don Chaffey, épisodes 1, 2, 8, 9. Il fut un décorateur de plateau dès 1944 avant d'aborder la mise en scène en 1957 avec des courts-métrages et des premiers épisodes de séries. On lui doit également "Jason et les Argonautes", où des séquences habitées par le sens du merveilleux et de l'aventure mythologiques se marient aux trucages parfaits signés Ray Harryhausen. Il récidiva, en 1966, avec "Un million d'années avant JC" interprété par Raquel Welch.  

Pat Jackson, épisodes 3, 5, 10. Fortement influencé par John Grierson, le chef de file de l'école documentariste anglaise, il se rend célèbre en 1944 avec "Western Approaches", un long-métrage semi-documentaire tourné en Technicolor. De nombreux films suivront jusque dans les années 1960, peu diffusés en France, avant que Jackson ne s'oriente définitivement vers le petit écran.  

Citons également Peter Graham Scott (épisode 6), Robert Asher (épisode 11) et David Tomblin (épisodes 14 et 15. Les mentions Joseph Serf et Paddy Fitz étant des pseudonymes utilisés par Patrick Mc Goohan pour certains des épisode qu'il dirigea (4, 7, 12 et 16, 17 sous son nom propre).  

 

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FICHE TECHNIQUE

Créée par : Patrick McGoohan.

Producteur exécutif : Patrick McGoohan.

Supervision des scénarios : George Markstein (Sauf épisodes 13, 14, 15 et 17).

Produite par : David Tomblin.

Directeurs de la production : Bernard Williams (épisodes 1 à 12 et 16), Ronald Liles (épisodes 13 à 15 et 17)

Directeur de la photographie: Brendan J.Stafford.

Directeur Artistique : Jack Shampan

Thème du générique : Ron Grainer

Autres thèmes musicaux : Albert Elms, Wilfried Josephs, Robert Farnon

Cameramen (1ère équipe) : Jack Lowin (épisodes 1 à 12 et 16), Len Harris (13 à 15 et 17), Bob Kinder (17)

Cameraman (2ème équipe) : Robert Monks (1, 2, 4 et 7 à 10)

Montage : Lee Doig (1, 9, 10, 12 et 16), Spencer Reeve (2), Geoffrey Foot (3 à 5 et 7), John S. Smith (6, 8, et 11), Eric Boyd-Perkins (13, 15 et 17), Noreen Ackland (14 et 17)

Monteurs son : Wilfried Thompson (1, 2, 4, 7 et 12 à 17), Peter Elliott (3), Stanley Smith (5 et 8), Ken Rolls (6, 10 et 11), Clive Smith (9)

Preneurs de son : John Bramall (1 à 13 et 16), Cyril Swen (14, 15 et 17)

Monteurs musique : Bob Dearberg (1, 2 et 9), Eric Mival (3 à 8 et 10 et 12 à 17), John S. Smith (11)

Distribution : Rose Tobias-Shaw

Continuité : Doris Martin (1 à 6, 8, 9, 11), Josie Fulford (7, 10, 12 et 16), Ann Besserman (13), Phillis Townshend (14, 15 et 17).

Accessoiristes : Kenneth Brigdgeman (1 à 12), Colin Southcott (13), John Lageu (14, 15 et 17).

Maquillage : Eddie Knight (1 à 12 et 16), Franck Turner (13 à 15 et 17).

Coiffures : Pat McDermot (1 à 12 et 16), Olive Mills (13 à 15 et 17)

Habilleuses : Masada Wilmot (1 à 12 et 16), Dora Loyd (13 à 15 et 17)

Doublure de Patrick McGoohan : Frank Maher

Coordination des combats et des cascades : Leslie Crawford, Jackie Cooper (13)

Equipe des cascadeurs : Peter Brace, Keith Peacock, Terry Yorke, Peter Brayham, Bill Cummings, Alf Joint, Gerry Crampton, Dinney Powell, George Leech, Jackie Cooper, Joe Dunne, Romo Garrara, Fred Haggerty, Eddie Powell, John Hamblin, Michael Billington

Notes de la rédaction : comme souvent, ce type de programme fut l'opportunité de réunir la crème des artistes-cascadeurs de l'époque. Quelques uns d'entre eux méritent qu'on s'y arrête.

- George Leech qui avait déjà participé aux scènes d'action des James Bond dans les années 1960, sous la supervision de Bob Simmons.

- Mentionnons également Alf Joint, devenu chef d'équipe dans les années 1970 et 1980, notamment pour la série "Mission casse-cou".

- Enfin, Romo Garrara, qu'un oeil observateur repérera au générique final de films tels que "Les aventuriers de l'Arche perdue", en 1980, et "Le retour du Jedi", en 1983.

- Concernant Leslie Crawford, il était, dans les années 1960, avec Roy Vincente, Ray Austin, William Hobbs et Frank Maher, le grand spécialiste des combats et cascades à la télévision anglaise. Ainsi fut-il amener à collaborer à des programmes aussi populaires que "Le Saint" ou "Amicalement Vôtre".

Une production : Everyman Films Limited pour ITC (1967)

 

LE GUIDE DES EPISODES

Dernière mise à jour : ( 29-01-2014 )