Les Bannis avec Don Murray et Otis Young.
Écrit par Christophe Dordain   
25-09-2016

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Une série créée par Ben Brady et Leon Tokatyan.

Un dossier conçu par Christophe Dordain et Thierry Le Peut.

Crédits photographiques : ABC Television / Screen Gems / Equidia.

LES BANNIS

(1968/1969)

Une épopée réaliste de l'Ouest américain

 

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Cette série met en scène deux chasseurs de primes, à la fin de la Guerre de Sécession, contraints de voyager ensemble alors que tout les oppose : l'un, sudiste, est un ancien aristocrate de Virginie; l'autre, nordiste, est un esclave affranchi.

 

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LE WESTERN A LA TELEVISION AMERICAINE

La fiction télé et le western sont étroitement liés. Genre mythique aux Etats-Unis, le western remplissait les salles de séries B tournées à la chaîne durant les années 40 et 50. Lorsque la production devint plus coûteuse, de nombreux artisans du grand écran s’intéressèrent à la télévision, alors médium débutant encore entouré de scepticisme. La petite lucarne était demandeuse en effet de productions en série susceptibles de fidéliser un public encore jeune.

Les succès du cinéma et de la radio trouvèrent alors une vie nouvelle et certains programmes allaient être appelés à une longue et glorieuse existence, comme Gunsmoke interprété à la radio par William Conrad et bientôt immortalisé sur le petit écran par James Arness, frère de Peter Graves à la ville et incarnation d’un envahisseur d’outre-espace dans La chose d’un autre monde de Howard Hawks et Christian Nyby. Source de richesses insoupçonnées à ses débuts, la télévision se mit à construire ses propres légendes en reprenant des personnages déjà éprouvés, faisant partie intégrante du folklore de l’Ouest : William Boyd fit ainsi fortune en incarnant Hopalong Cassidy dans une quarantaine d’épisodes télé entre 1949 et 1951 tandis que d’autres lui emboitaient le pas, Gene Autry en 1950 et Roy Rogers en 1951.

Le cow-boy télévisuel est fidèle à la mythologie du héros solitaire. The Lone Ranger, avec Clayton Moore, reste l’une de ses représentations les plus symboliques avec ses 221 épisodes diffusés entre 1949 et 1957 et son succès ouvrit la voie à un autre justicier masqué qui connut son heure de gloire à la télévision entre 1958 et 1960, signant ses exploits d’un Z resté fameux. L’influence de la bande dessinée est manifeste dans ces personnages manichéens souvent flanqués d’un cheval fétiche, qu’on l’appelle Silver ou Tornado, et d’un faire-valoir vaguement comique (Bernardo, Tonto et alii). The Adventures of Wild Bill Hickock, Buffalo Bill Jr, Range Rider, The Adventures of Kit Carson, Bat Masterson, Bronco, Cheyenne, Cisco Kid sont quelques-uns des héros solitaires qui chevauchent la lucarne au tournant des décennies 50 et 60.

C’est aussi à cette période que naît ce que l’on a appelé le western « adulte », c’est-à-dire destiné au public adulte du début de soirée. En septembre 1955, ABC programme The Life and Legend of Wyatt Earp, avec Hugh O’Brian, qui contera sur 225 épisodes, jusqu’en 1961, la vie et les aventures de ce personnage légendaire de l’Ouest, immortalisé au cinéma par John Ford et John Sturges avec des noms prestigieux comme Bat Masterson, Doc Holliday, Tombstone ou O.K. Corral. Quelques jours plus tard, CBS lance son Gunsmoke qui tiendra l’antenne jusqu’en 1975, James Arness ne tardant pas à revenir dans un rôle de nouveau emblématique dans La Conquête de l’Ouest. Dans la même veine, The Restless Gun met en scène un héros « maudit », voyageant de ville en ville où sa réputation de tireur redoutable le rend souvent indésirable, tandis que Have Gun, Will Travel propulse le personnage de Paladin, redresseur de torts incarné par Richard Boone, en tête des audiences.

ABC, en partenariat avec Warner Bros., commande alors une série de produits formatés qui dureront pour la plupart de trois à cinq ans : Cheyenne est bâti sur la forte carrure de Clint Walker, The Lawman sur l’association d’un shérif expérimenté et d’un jeune assistant, campés par John Russell et Peter Brown, les autres ont pour titres Sugarfoot, Colt 45, Bronco et Maverick. Cette dernière est restée la plus fameuse en raison sans doute de la personnalité de James Garner, l’interprète de Bret Maverick, et de ses partenaires Robert Colbert, Jack Kelly et Roger Moore.

Le tournant des années 60 marque ainsi une sorte d’âge d’or du western télé, voyant l’apparition également de Bonanza, autre programme mythique de l’Histoire du western, voire de la télévision. En 1957, la société Four Star (fondée par Dick Powell, Ida Lupino, David Niven et Charles Boyer), productrice de plusieurs des programmes précités, lance une série narrant les exploits d’un Texas Ranger, Hoby Gilman, dans l’Ouest de l’après-guerre de Sécession. Trackdown durera deux ans et 71 épisodes, révélant le comédien Robert Culp qui s’y sentira d’ailleurs si malheureux qu’il déclarera après cette expérience ne plus jamais vouloir de série télé ! (Ce qui ne l’empêchera pas d’être l’un des héros de la série Les Espions six ans plus tard et de rempiler pour The Greatest American Hero au début des années 80.)

 

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PRESENTATION DE LA SERIE

Toutefois, rares sont les séries qui mettent en avant un héros a priori aussi antipathique que le chasseur de primes. C'est à Vincent Fennelly que l’on attribue l’idée d'avoir développer, pour la première fois, un épisode autour d’un chasseur de primes dont la route croise celle de Hoby Gilman dans la série "Trackdown". Intitulé "The Bounty Hunter" ("Le Chasseur de Primes"), et écrit par John Robinson, l’épisode est diffusé le 07 mars 1958 sur CBS et Fennelly s’en sert en tant que pilote afin de proposer à CBS une série centrée sur le personnage du chasseur de primes. Cette série, c'est "Au Nom de La Loi" qui fera la fortune de Steve McQueen, de 1958 à 1961, pendant 94 aventures.

Pourtant, il faudra attendre une décennie avant de revoir une série mettant en vedette ce type de personnage. Pendant ce temps, la situation aux Etats-Unis a considérablement évolué notamment dans le fait de proposer aux acteurs noirs des rôles d'importance. Si Sidney Poitier a ouvert le chemin au grand écran, c'est Bill Cosby qui, le premier, s'est vu offrir la tête d'affiche de la série "Les Espions", dès 1965, aux côtés de Robert Culp.

C'est dans ce cadre que les scénaristes Leon Tokatyan et Ben Brady furent chargés de trouver un concept à la fois original et crédible permettant de justifier la présence d'un noir dans l'univers si particulier et si "blanc" du western. En effet, comment faire accepter aux téléspectateurs américains un fait historique ignoré, car non enseigné : les noirs ont joué un rôle de première importance pendant la Conquête de l'Ouest (nombreux d'entre eux étaient des cow-boys).

Le duo prend alors forme pour mettre en avant un ancien esclave, devenu chasseur de prime pour survivre, associé à un ancien propriétaire d'une plantation, homme à la dérive, représentatif de cette génération sacrifiée pendant la guerre de Sécession. Comme le soulignait Jean-Jacques Schléret dans l'un des trop rares articles consacrés à cette série : "l'association de ces deux hommes, on s'en doute, va être explosive. Earl Corey, ancien propriétaire d'esclaves, considère le Noir comme son inférieur et le traite de "Boy" pour le remettre à sa place... Parfois, il l'offense involontairement lorsqu'il lui offre en cadeau une jeune femme noire qu'il a gagnée au poker (épisode "Entrez dans la danse"). De son côté, Jemal ne peut oublier sa haine des blancs qui l'ont réduit en esclavage, battu et humilié... Dans un autre épisode de la série, "Le Vin Lourd", les rapports vont s'inverser lorsque Jemal, nommé shérif, prend Earl comme adjoint." (Les séries télévisées américaines, CinémAction TV n°8 publié en mars 1994 aux éditions Corlet-Télérama.)

Programmée à partir du 23 septembre 1968 sur ABC, le lundi soir, de 21h à 22h, "Les Bannis" ne parvinrent jamais à trouver leur public tant il est vrai que le marché de la série western était plus que saturé. Qui plus est, la série "Les Bannis" étant assez violente, elle a pris de plein fouet les restrictions imposées par l'administration américaine à la télévision suite aux assassinats de Martin Luther King et de Bobby Kennedy en 1968.

En France, la série fut programmée sur la 2ème chaîne de l'ORFT à partir du 01 novembre 1970, enregistrant un solide succès dû aussi bien à la qualité de l'interprétation et du doublage, qu'à celle du thème musical composé par Hugo Montenegro et demeuré à jamais dans les oreilles des amateurs de grandes séries westerns.

 

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ILS ONT IMAGINE "LES BANNIS"

Ben Brady

Ben Brady nous a quittés le 20 mars 2003 à Los Angeles. Dans sa longue carrière, on peut noter les contributions suivantes : "Rawhide" en tant que producteur exécutif; "Au-Delà du Réel" en tant que producteur pour la saison 2; "Have Gun, Will Travel" en 1959/60 avec Richard Boone toujours en tant que producteur tout comme pour "Perry Mason" avec Raymond Burr (1957/1959)

 

Leon Tokatyan

Il est le véritable père fondateur des "Bannis" avec Ben Brady. Décédé le 13 mai 1997 à Los Angeles, Leon Tokatyan est une figure majeure de la production télévisuelle américaine. Il a notamment surpervisé la production de la série "Starman" avec Robert Hayes, en 1986.

S'il a également écrit plus d'une trentaine de scripts pour différentes séries telles que "L'Homme de Fer" ou "Kojak", il est surtout connu en tant que créateur de la série "Lou Grant", avec Edward Asner, produite par le firme MTM, et diffusée entre 1977 et 1983.

 

Hugh Benson

Producteur exécutif de la série, il en a également développé les scénarios. Décédé le 28 octobre 1999, à Reseda, en Californie, Hugh Benson présente une carrière exemplaire jalonné de nombreux téléfilms et séries. Il a supervisé la production de "Dans La Chaleur de La Nuit" avec Carroll O'Connor, à partir de 1988, fonction qu'il a également assuré pour des séries telle que "Pour l'Amour du Risque", en 1979. Il fut également producteur associé pour "L'Age de Cristal" avec Gregory Harrison et Heather Menzies, en 1977.

 

Jon Epstein

Décédé le 24 novembre 1990 à Los Angeles, Jon Epstein est un producteur d'envergure dans la longue histoire de la télévision américaine. Parmi ses titres de gloire, on peut citer "Commando du Désert"; avec Christopher George (1966/1968), une série imaginée par Tom Gries, et "Le Riche et Le Pauvre", en 1977, avec Peter Strauss et Nick Nolte.

Jon Epstein fut également producteur exécutif de la série "Switch" avec Robert Wagner et Eddie Albert en 1975. Il a également produit 4 enquêtes de "Columbo", en 1990, juste avant sa disparition. N'oublions pas enfin, la série "Mike Hammer", avec Stacey Keach, de 1984 à 1988.

 

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LA SOCIETE SCREEN GEMS

Screen Gems était, dans les années 60, une division de la société de production Columbia Pictures. Fondée en 1934, elle produisit de nombreux dessins animés avant la guerre puis se lança dans la production de films dès 1948.

S'orientant vers la conception de programmes à destination de la petite lucarne, voici, hormis "Les Bannis", un échantillon des nombreuses séries produites sous la bannière Screen Gems pendant les années 50 et 60 :

- "Les Aventures de Rin Tin Tin" (1954/1959);

- "Papa a raison" (1954/1960) avec Robert Young et Linda Evans;

- "The Donna Reed Show" (1958/1966);

- "Les Flintstones" (en association avec les productions Hanna-Barbera 1960/1966);

- "Ma Sorcière Bien Aimée" (1964/1972) avec Elizabeth Montgomery, Dick York puis Dick Sargent;

- "I Dream of Jeannie" (1965/1970);

- "The Monkees" (1966/1968);

- "The Partridge Family" (1970/1974).

 

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LES PERSONNAGES

Don Murray / Earl Corey

Né à Los Angeles, en 1929, Don Murray est originaire d'une famille de professionnels du spectacle. Il s'illustre pour la première sur les scènes de Broadway dans "La Rose Tatouée". C'est là qu'il est remarqué par le cinéaste Joshua Logan qui parraine ses débuts au cinéma dans "Bus Stop", film dans lequel Don Murray a Marylin Monroe pour partenaire.

Dans les années 50, il a participé à des films tels que "Duel dans la boue" dirigée par Richard Fleisher, en 1959, ou bien "Tempête à Washington", mise en scène par Otto Preminger, en 1962. Ses convictions religieuses lui inspireront des films tel que "Le mal de vivre", sous la direction de Irvin Kerschner, en 1961, ou "The Cross and the Switchblade", qu'il co-écrit et réalise, en 1970.

Pour le petit écran, indépendamment de sa participation à la série "Les Bannis", il est connu des téléspectateurs français pour son rôle, au cours des deux premières saisons, dans "Côte Ouest", au début des années 80.

 

Otis Young / Jemal David

Né à Providence dans l'état de Rhode Island, en 1932, Otis Young est décédé le 12 octobre 2001 à l'âge de 69 ans. Engagé chez les Marines à 17 ans, il participe à la guerre de Corée. Démobilisé, il se lance dans la carrière artistique et devient un acteur connu dans de nombreuses pièces jouées off-Broadway à New York.

Sa participation à la série "Les Bannis", dans les années 1968/1969, constitue le point d'orgue de son parcours. Le téléspectateur attentif peut l'apercevoir en vedette-invitée d'un épisode de la série "Columbo" ("Jeu d'Identité / Identity Crisis") en 1975. Dans les années 80, Otis Young avait abandonné le métier de comédien pour devenir professeur en communication au Community College de Monroe.

 

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FICHE TECHNIQUE

Créée par : Ben Brady, Leon Tokatyan

Producteur : Jon Epstein

Producteurs associés : Sheldon Schrager, Louis A. Goldstein

Producteur exécutif : Leon Tokatyan

Musique : Hugo Montenegro

Directeur de la photographie : Harold Stine

Directeurs artistiques : Ross Bellah, Robert Peterson

Montage : Norman Colbert, Aaron Nibley

Supervision du casting : Geoffrey Fisher

Décors : Alfred E. Spencer

Maquillage : Ben Lane

Effets sonores : Sunset Editorial

Assistant-réalisateur : Anthony Ray

Réalisateur de la seconde équipe : Mel Swope

Cascadeurs : Mike Masters, Troy Melton, Dean Smith, George Orrison, Roy Jenson, Jim Burk, Wayne King, Phil Adams, Gene LeBell

Couleur : Perfect Pathé Produit par : Screen Gems (1968/1969)

 

LE GUIDE DES EPISODES

Dernière mise à jour : ( 25-09-2016 )