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Un dossier conçu par Julien Leconte.

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Les grands réalisateurs de séries télévisées.

Un dossier conçu par Christophe Dordain.

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La Main Noire de Victor Vicas avec Jean-Claude Bouillon, Pierre Maguelon, Jean-Paul Tribout.

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Les Deux font la Paire avec Bruce Boxleitner, Kate Jackson. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Thierry Le Peut   
21-08-2015

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Une série créée par : Eugene Ross-Leming et Brad Buchner.

Un dossier conçu par Thierry Le Peut.

Crédits photographiques : Shoot the Moon / Warner Television / CBS Television.

 

LES DEUX FONT LA PAIRE

(1983/1987)

 

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Un inconnu vous aborde dans la rue et votre vie bascule du jour au lendemain de la platitude à l'aventure. L'amour, bien sûr, est au bout du chemin. Partant d'un cliché éternel (l'effet Impulse, aussi brutal que l'effet Kiss Cool), Les Deux font la paire parvient pourtant à développer un univers qui lui est propre, récupérant les vieux poncifs pour en faire sa matière première, en les dépoussiérant au passage. Guerre des sexes et lutte des blocs, la série est un mélange réussi d'espionnage et de comédie romantique, que l'on ne revoit pas assez sur nos écrans !

 

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INTRODUCTION

Quand ils créent Les Deux font la paire en 1983, Brad Buckner et Eugenie Ross-Leming ne sont pas à proprement parler des stars. En revanche, ils travaillent ensemble depuis plusieurs années, puisqu'ils ont produit et écrit ensemble deux courtes séries inédites chez nous: Forever Fernwood en 1977-1978 et Highcliffe Manor en 1979. Orson Bean, le futur Loren Bray de Dr Quinn femme médecin, était le Révérend Brim dans la première et donnait la réplique à Dabney Coleman (Buffalo Bill), Richard Hatch (Les Rues de San Francisco dernière saison et surtout Galactica où il fut Apollo) ou encore Joe Penny (Nick Ryder dans Riptide). La seconde, qui ne compte que quatre épisodes, était une comédie extravagante où une équipe de scientifiques excentriques occupait un vieux manoir de la Nouvelle-Angleterre. Excentrique ? Extravagant ? Ross-Leming et Buckner fourbissaient sans doute leurs armes pour produire une idée plus accessible au grand public, l'alliance improbable d'une ménagère et d'un espion, du bon sens pragmatique et de l'aventure, de la réalité la plus prosaïque et du romanesque le plus échevelé.

 

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LES ORIGINES DE LA SERIE

C'est d'abord ce mélange qui séduit dans Les Deux font la paire, et qui séduisit aussi l'actrice Kate Jackson, qui depuis les Drôles de Dames n'avait tourné que quelques téléfilms sans retrouver de personnage aussi charismatique que celui de Sabrina Duncan dans la série d'Aaron Spelling. A l'époque où elle est devient Amanda King, Kate Jackson est mariée au producteur David Greenwald, après avoir divorcé d'Andrew Stevens (Casey Denault dans Dallas et Glenn Matthews dans Scandales à l'Amirauté), et dirige sa propre maison de production baptisée Shoot The Moon Enterprises. En qualité de productrice, elle aura son mot à dire sur les scénarii de la série, bien plus que son partenaire Bruce Boxleitner, par ailleurs moins bien payé qu'elle.

En 1983, Boxleitner vient juste d'interpréter Frank Buck dans la série Frank, chasseur de fauves, qui n'aura vécu que dix-sept épisodes. Quelques années plus tôt, il s'était fait connaître en incarnant Luke Macahan dans la série-feuilleton western La Conquête de l'Ouest, sur laquelle il avait connu sa femme Kathryn Holcomb. Père d'un petit Sam Clifford, né en 1981 (et plus tard d'un deuxième enfant, Lee Davis, né en 1985), il donne avec Kitty l'image d'un couple heureux et comblé. Une situation enviée que Les Deux font la paire mettra à mal, Kitty supportant mal la présence de Kate Jackson auprès de son mari et vivant semble-t-il assez mal également le fait d'avoir abandonné sa propre carrière pour se consacrer à son mariage. En 1987, alors que la série s'arrête au bout de quatre saisons, Boxleitner perd aussi sa famille et cette image de bonheur parfait. C'est plus tard avec Melissa Gilbert, immortelle Laura de La Petite maison dans la prairie, elle aussi blessée par un mariage raté avec Rob Lowe, que l'acteur retrouvera le sourire et le bonheur.

Bref, en 1983 tout semble aller pour le mieux et la série imaginée par Buckner et Ross-Leming commence sous de bons auspices. Diffusée sur CBS à partir de septembre, elle impose très vite un esprit savoureux, fondé sur le contraste entre les héros et sur l'accumulation des situations les plus rocambolesques. Car Les Deux font le paire n'est pas une série réaliste. On pourrait penser le contraire en découvrant la jeune mère divorcée Amanda King dans son home douillet, au coeur d'une maison typiquement américaine, préfabriquée et posée au milieu d'un quartier résidentiel, avec façade blanche, pelouse artificelle et petite allée pour garer la voiture. Couchée devant un feu confortable avec son fiancé Dean, que l'on entreverra deux fois dans la première saison, Amanda incarne le romantisme à deux sous d'une jeune femme totalement impliquée dans une vie de famille parfaitement réglée. Divorcée du père de ses deux enfants et installée chez sa mère, elle porte des ensembles très simples et ne connaît de véritable évasion qu'à travers les livres d'aventures et les visites de son fiancé. Même sa voiture, un break, est à l'image d'une Amérique familiale partagée entre les courses, le repassage et l'éducation de deux gamins à peine plus turbulents que la moyenne des bambins de l'Oncle Sam. Rien de surprenant, rien de révolutionnaire, rien de compliqué.

Comment Amanda King se douterait-elle que le simple fait d'accompagner son petit ami à la gare va en un instant faire basculer sa vie dans un monde insoupçonné où ses repères n'auront plus cours ? Si dans la publicité un inconnu peut brusquement vous offrir des fleurs et conquérir votre coeur, celui qui aborde Amanda sur le quai n'a rien, a priori, du prince charmant attendu. Habillé en serveur, plus cavalier que chevaleresque, il bouscule la jeune femme plus qu'il ne l'aborde, lui fourrant entre les mains une boîte mystérieuse et disparaissant sans explication en la laissant interloquée et bien embarrassée.

 

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L'UNIVERS DES DEUX FONT LA PAIRE ET SON EVOLUTION

Il était une fois...

La rencontre déconcertante, placée d'emblée sous le signe de l'incompréhension et de l'opposition, est inhérente au cliché. Etant donné le concept de la série (le duo homme-femme), inutile d'être un grand sorcier pour comprendre immédiatement que ces deux-là sont appelés à se rapprocher à plus ou moins long terme. Mais l'affaire n'est pas gagnée : visiblement, le bonhomme - on apprendra qu'il s'appelle Lee Stetson et que c'est un espion surnommé « Scarecrow » (l'Epouvantail) qui passe sa vie à sauver le monde en se battant contre de méchants espions de puissances ennemies, soviétiques ou est-allemands en particulier - ne s'intéresse qu'à sa boîte et considère la participation d'Amanda comme un accident, une contingence dictée par la Nécessité : poursuivi par des tueurs patibulaires, il n'a guère pris le temps de choisir sa collaboratrice d'un instant ! Le problème, c'est que la transmission de la boîte va prendre, à la faveur des circonstances, une valeur d'acte magique, liant pour longtemps le destin de l'espion et de la ménagère.

Sommée de remettre l'objet à « l'homme au chapeau rouge », Amanda se trouve face à un train entier d'hommes coiffés de rouge. On pourrait se croire dans un conte peuplé de créatures bizarres et fait d'enchaînements improbables, mais pour l'heure Amanda est bien forcée de regagner sa réalité à elle avec la boîte mystérieuse qui a déjà transformé sa vie. Que l'événement coïncide avec le départ du fiancé, simple silhouette ayant servi à l'exposition du personnage mais trop inconsistante pour retenir la lumière, n'est évidemment pas un hasard. Son absence laisse la jeune femme face à elle-même, brusquement sollicitée dans un état de disponibilité dont elle n'avait probablement même pas conscience.

Comme dans le conte, toujours, l'événement modificateur va jouer le rôle de révélateur. Car en étudiant le contenu de la boîte magique la jeune femme va se découvrir des talents d'investigatrice et faire remonter du tréfonds de son être un don inné pour l'espionnage et un goût insoupçonné de l'aventure. Par des recoupements appropriés et un sens certain de l'initiative personnelle, elle parviendra même à sauver la mise aux espions professionnels et à déjouer les agissements crapuleux d'espions internationaux. Un exploit en forme de baptême du feu qui sera renouvelé dans plusieurs épisodes, parfois de manière un peu répétitive mais avec suffisamment de conviction et d'imagination pour faire oublier les invraisemblances somme toute secondaires et de toute façon inhérentes à la série.

Les Deux font la paire se présente donc comme une série classique d'initiation. Projetée par le hasard dans un univers qu'elle côtoyait sans le savoir, à mille lieues de son quotidien limpide et immédiat, l'héroïne apprendra au fil des épisodes à utiliser des qualités et à développer des potentialités que sa vie trop bien réglée laissait inexploitées. La Belle se réveille après un long sommeil, encore engoncée dans les haillons de Cendrillon et méprisée par ses soeurs mieux loties - en apparence. Ici, la soeur pénétrée de son importance est jouée par Francine, l'assistante du patron de Scarecrow, collaboratrice occasionnelle du bel espion. Comme dans le conte de Grimm, et déjà dans la vieille histoire d'Amour et Psyché, la soeur est plus jolie, mieux habillée et plus « classe » que l'héroïne aux habits de ménagère ordinaire. En revanche, elle n'est pas plus intelligente : droguée par les méchants, elle leur livre des informations confidentielles tout en cherchant vainement l'origine des fuites qui mettent en péril les services secrets de son pays. Mais c'est la timide Psyché qu'Amour a finalement choisie pour lui révéler les délices de l'Autre monde, et la méchante soeur est punie de sa sévérité. Bref, Francine regarde de haut la nouvelle venue dont elle rejette la vulgarité, mais lui devra en définitive son salut !

Classique ? Certainement, mais bien enveloppé. Buckner et Ross-Leming, qui signent sept des premières histoires de la saison, ont su agréablement réutiliser les composantes du conte pour concevoir une adaptation moderne et originale. Le ton est vif, tant dans les dialogues que dans le déroulement de l'action : les événements s'enchaînent sans trop de longueurs, l'héroïne filant de découverte en découverte vers la résolution de l'énigme et la confrontation avec les méchants, en forme d'apothéose. Une dernière séquence, plus calme, assure la liaison avec la suite de la série en donnant à Amanda le statut d'agent auxiliaire, confirmant la réussite de la première épreuve, même si elle doit encore faire ses preuves. Ce n'est qu'un an et quelques mois plus tard, dans l'épisode « Danger mannequin » (le trentième), qu'elle accèdera à une nouvelle épreuve décisive en passant les examens d'admission. Entretemps, vingt-huit aventures mouvementées auront permis à la ménagère de montrer l'étendue de ses capacités et de seconder efficacement Scarecrow dans sa lutte contre l'ennemi infatigable et polymorphe.

On apprécie, en découvrant le premier épisode, la façon dont les codes du conte sont agréablement détournés. L’intrigue de la boîte se nourrit d’une tradition que l’on trouve encore dans le Mulholland Drive de David Lynch (et dans Twin Peaks, au demeurant). La découverte du contenu de la boîte (et donc de la clé de l’énigme) passe, en outre, par la transgression d’un interdit lorsque l’un des fils d’Amanda avoue avoir ouvert le paquet sans autorisation - paquet entretemps perdu puisque la mère de l’héroïne a eu la généreuse mais calamiteuse idée de la confier aux services postaux. Par la suite, nombre de scénarii conserveront ces données culturelles, invoquant des princesses en détresse (« Retour aux sources ») et appelant sans cesse à la suspension du « principe de réalité ». L’épisode de Noël de la première saison, « Le réveillon le plus long », est significatif de cette belle inspiration : chargés d’empêcher un ancien espion de révéler des secrets d’Etat, Lee et Amanda passent la nuit de Noël dans une cabane perdue au fond des bois et réussissent l’exploit de réconcilier pour quelques heures des espions des deux bords ainsi que deux commandos armés envoyés pour liquider l’espion récalcitrant. Au fil des épisodes, un autre motif emprunté à la tradition romantique (Roméo et Juliette et les innombrables sérénades au clair de lune...) sera constamment repris avec un souci de décalage aussi astucieux que savoureux : la rencontre à la fenêtre de la bien-aimée (quand bien même celle-ci n’est pas reconnue comme telle). C’est donc sous la fenêtre de... sa cuisine que Lee aura de fréquents entretiens avec Amanda, parfois sous le nez de l’innocente maman. Ailleurs, il empruntera encore la fenêtre pour s’introduire nuitamment dans ses appartements (dans « Retour aux sources ») ou pour lui remettre des informations confidentielles, poussant au besoin la conscience professionnelle jusqu’à l’embrasser pour tromper la vigilance des importuns (dans « Tactique de jeu »).

Le titre même de la série, Scarecrow & Mrs King, met en avant l'aspect de conte voulu par Ross-Leming et Buckner. On pense à une rencontre insolite dans l'esprit du Magicien d'Oz, d'Alice au pays des merveilles, d'Edward aux mains d'argent ou encore de L’aventure de Madame Muir (The Ghost & Mrs Muir en v.o.). Le thème musical composé par Arthur B. Rubinstein, lui, insiste sur le rythme alerte de la narration mais recourt à une ampleur symphonique qui s’accorde tout à fait à l’esprit du conte. Basé sur le mouvement, il délaisse la ligne mélodique et sentimentale du premier thème de Remington Steele, par exemple, pour privilégier l'action, en accentuant le dynamisme. Le montage du générique, succession rapide de plans de Washington (où se déroule l'action) et de scènes extraites des épisodes, se veut lui aussi d'une vivacité à l'image des scénarii.

 

Amanda au pays des espions

Dès le premier épisode, les situations choisies par les scénaristes montrent leur volonté de s'éloigner du réalisme pour privilégier l'évasion, l'aventure et un constant décalage. En bonne candide, Amanda devra souvent sa réussite au hasard et à la chance, sa maladresse se muant régulièrement en coups d'audace invraisemblables. Sa famille lui emboîtera d'ailleurs le pas à l'occasion, maman Dotty occupant une place de premier plan dans quelques épisodes, comme « Anniversaire mouvementé » : mêlée par inadvertance à une affaire de microfilm caché dans un livre destiné à l'anniversaire de son petit-fils, elle ramènera l'objet jusqu'à la maison sans jamais prendre conscience des cadavres semés sur sa route par des individus malfaisants et patibulaires. Dans « En attendant Godorsky », c'est elle encore qui permet la neutralisation des méchants en provoquant malencontreusement un accident alors qu'elle passe un examen de conduite. Bref, en bonnes femmes du commun, Amanda et Dotty se distinguent par une méconnaissance totale des dangers qui les guettent, une inconscience qui les sauvera plus souvent qu'à leur tour, au grand dam d'ailleurs de la distinguée Francine.

Cette caractéristique constituera très vite la base de l'attention que le bel espion sera amené, au fil des épisodes, à accorder à sa collaboratrice improvisée. Apparemment insignifiante (c'est sans doute pour cela qu'il la choisit dans le premier épisode), Amanda se révèle peu à peu plus intéressante qu'au premier jour et Scarecrow, d'abord grand frère protecteur chargé de limiter les dégâts en contenant ses gaffes, se prend à l'admirer et à voir en elle autre chose qu'un instrument d'appoint pour ses missions.

Les histoires jouent constamment sur la spécificité d'Amanda. Dans le premier épisode, les espions se servent d'une émission culinaire plébiscitée par les ménagères pour passer des informations capitales à l'ennemi. Une excellente idée qui dénonce la présence des espions au sein même de l'univers quotidien et apparemment anodin de la ménagère. Plus que des James Bond multigadgétisés et infaillibles dont l'univers est sans rapport avec la vie ordinaire, les espions des Deux font la paire sont des héros de l'ombre qui travaillent chaque jour à contenir un danger présent à chaque coin de rue : dans une librairie (« Anniversaire mouvementé »), dans une banlieue résidentielle très protégée (« Amanda se marie »), dans un hôpital (« Cas de conscience »), au sein d'une vente de charité (« Les brunes ont la cote »). Cette familiarité du Mal permet de conserver constamment un lien avec l'univers très quotidien d'Amanda et de sa famille, préservant l'aspect aventureux qui repose sur l'opposition entre deux mondes a priori inconciliables.

Les intrigues d'espionnage sont par ailleurs très classiques. Lavages de cerveaux, conditionnement sous hypnose, véhicule-forteresse convoité par les deux camps, armes apocalyptiques, plans dérobés, espions infiltrés, politiciens véreux, femmes fatales, petit génie de l'informatique, transfuges, agents doubles, espions sur le retour, fausse mort du héros, enlèvements, chantage, extorsion, terroristes internationaux, tous les thèmes utilisés par les scénaristes ont déjà fait l'objet de développements plus ou moins originaux dans d'autres séries ou au cinéma. L'intérêt, bien sûr, n'est pas là. Les méchants des Deux font la paire, comme beaucoup de ceux de Magnum, de Remington Steele et de Clair de lune, ne sont là que pour permettre à l'aventure de s'exprimer et pour plonger les héros dans des situations abracadabrantes où chacun a quelque chose à apprendre sur lui-même ou sur l'autre. Caricaturaux, les espions soviétiques ou est-allemands parodient les stéréotypes employés dans les James Bond ou dans Mission impossible (on retrouve d'ailleurs de nombreux acteurs européens dans la distribution, notamment Walter Gotell qui est le Général Gogol dans plusieurs James Bond, de L'Espion qui m'aimait à Tuer n'est pas jouer).

Constamment, ils s'en prennent à Amanda ou à Lee, forçant l'autre membre du tandem à voler à son secours, selon un schéma classique mais finalement plaisant. Comme dans Lois et Clark, dix ans plus tard, les héros seront très souvent ligotés ensemble et contraints à des tête-à-tête singuliers (ou des dos-à-dos, le plus souvent), dont la fonction est avant tout de les forcer à se connaître : puisque tout les sépare, il faut les attacher ensemble dans une même pièce, de préférence dans une situation critique, pour qu'ils se parlent et aient une chance de se découvrir mutuellement !

Le postulat romantique de la série sera très vite développé par Buckner et Ross-Leming : dès le deuxième épisode, « Amanda se marie », les deux protagonistes deviennent mari et femme, pour la bonne cause bien sûr. Tous les personnages des comédies policières contemporaines en font autant : Steele et Laura dans Remington Steele, David et Maddie dans Clair de lune, Magnum et l'une de ses (nombreuses) clientes dans l'épisode « In Matrimonium », et plus tard Lois et Clark ou Mulder et Scully renouvelleront à leur tour l'expérience, passage obligé du genre. Lee et Amanda, eux, semblent apprécier puisqu'ils remettent ça quelques mois plus tard dans « Un weekend pas comme les autres » et dans « Mariage en blanc », où ils vont même jusqu'à l'union devant le juge de paix... finalement annulée pour un détail d'état-civil. Ouf !

 

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Une histoire contrariée

Si la première saison multiplie pour l'un et pour l'autre les occasions de s'inquiéter, la deuxième les envoie sous d'autres cieux, ajoutant au contenu romantique un dépaysement bienvenu : Londres, Munich et les Alpes bavaroises permettent de donner un cadre d'exception aux rebondissements qui continuent d'entraîner les tourtereaux l'un à la suite de l'autre. On voit aussi apparaître quelques personnages récurrents, comme l'informateur Augie Swann et l'espionne britannique Emily Farnsworth, qui seconde les héros dans deux épisodes. Les histoires sont toujours aussi enlevées et divertissantes, malgré le départ, dès le milieu de la première saison, du tandem Ross-Leming / Buckner, remplacé aux commandes de la série par Juanita Bartlett, ancienne partenaire de Stephen J. Cannell sur Deux cents dollars plus les frais ou Timide et sans complexes. « Nous avons estimé qu'il valait mieux nous en aller dès lors qu'il était devenu évident que nous voulions prendre une autre direction que les autres personnes de la série, en particulier Kate Jackson », déclara Eugenie Ross-Leming au Los Angeles Times en février 1984. La cause de leur départ serait donc l'actrice qui, heureuse de retrouver le devant de la scène après une période d'incertitudes, entendait se rendre maîtresse du programme et orienter son personnage selon ses désirs. Le duo inventif trouvera cependant l'occasion d'une revanche éclatante en prenant dix ans plus tard les commandes de Lois et Clark, où il pourra développer sa conception d'un romantisme rocambolesque et apocalyptique.

La troisième saison, qui est passée chez nous à un rythme quotidien en 1988, au contraire des deux premières diffusées (dans un désordre assez consternant) le dimanche après-midi dans le cadre du Dimanche Martin, sera celle de tous les possibles. Après plusieurs « mariages » et une cinquantaine d'aventures, l'espion et la ménagère se connaissent maintenant très bien et ont dépassé l'étape de la découverte. Le public, fidélisé, réclame autre chose, comme il le fera toujours, pour Tony et Angela dans Madame est servie, pour Lois et Clark dans Les Nouvelles aventures de Superman, ou pour les autres couples phares du genre. Si le mariage désiré n'est pas encore célébré, en revanche les amoureux romantiques (l'heure n'est plus à se voiler la face) multiplient les occasions ratées et la tentation grandissante maintient une tension sexuelle accrue : la question est « Quand vont-ils s'embrasser ? », ou « Quand vont-ils s'avouer leur amour ? », bref : « Quand vont-ils se décider à franchir le pas ? » Chaque semaine, le téléspectateur peut se dire que le jour est arrivé, enfin, tout en s'attendant (parce qu'il a l'habitude, quand même...) à être déçu. Ce qui ne l'empêchera pas de revenir la semaine suivante ou de maudire les programmateurs lorsqu'ils feront traîner les choses en intercalant des rediffusions entre deux inédits. Afin d’ajouter du piment aux relations des héros, les scénaristes introduisent par ailleurs dans quelques épisodes une double diversion : une nouvelle petite amie, Leslie O’Connor, et l’ex-mari d’Amanda, Joe King.

Alors que la deuxième saison avait misé sur le « glamour » dispendieux en expédiant le couple en Europe, la troisième marque une rupture avec l’inspiration des deux premières années. Juanita Bartlett est remplacée à la production exécutive par George Geiger, qui avait travaillé précédemment sur Magnum et Rick Hunter, et les dépenses de la saison précédente sont freinées : adieu l’étranger, Scarecrow et Mrs King reviennent au pays. Avec « La belette sibérienne », écrit par Geiger lui-même, l’histoire est recentrée sur la relation ambiguë qui unit les deux protagonistes. Ils travaillent désormais dans leur propre bureau, au sein de l’International Film Fed qui sert de couverture aux locaux souterrains de l’Agence. Séparés des autres agents, ils bénéficient ainsi d’un espace clos où leur relation pourra se développer à l’abri des regards extérieurs.

On en apprend peu à peu davantage sur leurs passés respectifs : celui d’Amanda avec le retour de Joe King, celui de Lee avec l’arrivée d’un nouveau personnage qui mérite qu’on lui accorde quelques lignes. Incarné par le comédien Howard Duff (le shérif Titus Semple dans Flamingo Road, également vu plus tard dans Dallas et dans Côte Ouest), Harry Thornton Jr est une véritable légende au sein de l’Agence, dont il fut le créateur, à la demande du Président Eisenhower, en 1954. Flanqué d’un chat prénommé Ike (!), Thornton fut aussi le mentor de Lee, qui lui doit la plus grande partie de ses talents d’espion. Agent triple durant des années, il demande l’aide de Lee et Amanda dans « La belette sibérienne » afin de laver son honneur. Pressenti pour devenir un nouveau « régulier » de la série, Thornton ne reviendra pourtant pas avant... le dernier épisode de la série, « Une femme de trop », près de deux ans plus tard.

En fait, « La belette sibérienne » est une sorte de concentré de la nouvelle direction prise par la série : plus d’intrigues internes à la Grande Maison de l’espionnage, plus d’action et moins de « fantaisie romantique ». Comme si, en perdant peu à peu l’innocence des débuts, Mme King entraînait la série tout entière vers plus de maturité, en l’occurrence un ton plus sérieux. La lumière elle-même accompagne cette évolution, plus sombre et plus contrastée que dans les deux premières saisons. On ne peut s’empêcher, pourtant, de déplorer dans plusieurs épisodes le peu d’attention accordé au personnage d’Amanda. Devenue plus grave, elle n’a souvent plus rien de la ménagère gaffeuse mais enthousiaste des débuts. Désormais rodée à la discipline de ce qui est devenu son nouveau métier, pliée aux règlements et aux dangers de la vie d’espion bien qu’encore inexpérimentée, Amanda semble perdre son humour et paraît parfois bien terne, elle qui était si vivante jusqu’alors ! En passant de mains féminines (Eugenie Ross-Leming puis Juanita Bartlett) en des mains masculines (Geiger et Robert W. Gilmer, producteur superviseur puis co-producteur exécutif de la saison 4), la série perd ainsi une légèreté qui faisait son charme et semble se « viriliser » tout en hésitant sur la route à prendre. Dans « La belette sibérienne », on voit la secrétaire de l’International Film Fed, Mme Marston, totalement effacée jusqu’alors, sortir un fusil mitrailleur de son bureau et mitrailler l’antichambre de l’Agence pour tenter d’arrêter un intrus : une scène hautement parodique et « nonsensuelle » qui tranche avec la gravité souvent affichée par les personnages au fil des nouveaux épisodes.

 

Mariage raté...

La quatrième saison poursuit cette évolution et entraîne les protagonistes vers un tournant décisif. En 1984, Juanita Bartlett, promue productrice exécutive, se demandait combien de temps la série pourrait maintenir la tension sexuelle entre ses deux protagonistes. « On ne peut pas perdre cette merveilleuse tension sexuelle », disait-elle au Los Angeles Times. « Dès le moment où vous les mettez dans le même lit, la magie disparaît. » La pression du public aura pourtant le dernier mot et, après une troisième saison de « peut-être » et de semi-aveux où Lee et Amanda se tournaient autour sans se décider à franchir le pas, la quatrième saison offre enfin aux téléspectateurs le mariage tant réclamé. Ce sera dans l'épisode de Saint-Valentin, « Piège à espion », diffusé le 13 février 1987 sur CBS. « Ce sont les téléspectateurs qui ont réclamé leur mariage », insiste George Geiger, « parce qu'ils étaient persuadés qu'ils formeraient un beau couple. CBS aurait préféré que leur romance reste platonique. » Pour leur entourage, cependant, Lee et Amanda gardent le secret, de manière peut-être à ne pas mettre en danger Amanda et sa famille, mais surtout pour préserver une intimité rendue difficile par un métier aventureux et la famille d’Amanda.

Sans discuter la pertinence de cette conclusion, on ne peut que s’étonner de son traitement. Bien qu’intéressante, l’évolution de la relation unissant Lee et Amanda manque souvent d’épaisseur et d’enjeu émotionnel. L’épisode « Marché de dupe », où les deux agents finissent par se fiancer, ne parvient pas (en tout cas dans sa version française) à transcender une mise en scène froide et distante. Le dialogue entre Lee et Amanda dans la pièce où les a enfermés le terroriste de la semaine paraît tristement conventionnel alors même que les héros sont dans une situation désespérée censée mettre au jour leurs sentiments longtemps enfouis ou contrariés. Dans « Piège à espion », le mariage est également filmé avec une platitude consternante qui rend difficile l’empathie du téléspectateur et ne peut que décevoir les plus fidèles. Aucun gros plan sur les visages ou les regards, rien d’autre qu’un plan rapproché sur le couple, de profil, répétant par deux fois les paroles rituelles récitées par le pasteur. La scène suivante, prélude à la nuit de noces, montre les jeunes mariés debout dans une chambre nuptiale, attendant qu’une femme de chambre lymphatique et muette termine de préparer le lit. Puis la caméra filme le départ de l’employée, la porte qui se referme sur le couple et l’écriteau « Please do not disturb » accroché à la poignée. Voilà tout ce qui est offert au public après quatre ans d’aventures et de « tension sexuelle »...

Que le véritable mariage soit moins réussi que celui, factice, de l’épisode « Mariage en blanc » au milieu de la deuxième saison est un paradoxe qui nourrirait à lui tout seul un cours sur le traitement du romantisme dans la comédie policière des années 80, et sur les mille et un dangers de la célébration différée. Dans « Mariage en blanc », en effet, Lee et Amanda s’unissent selon les règles d’un glamour assumé, en grande tenue et regards langoureux. La quatrième saison, en revanche, s’emploie à démythifier le mariage en le présentant sous un jour aussi peu romantique que l’entretien préalable avec un pasteur « surbooké » et la prise de sang préliminaire ! Rien d’étonnant à ce que la cérémonie soit réduite finalement à un échange de formules rituelles sans intérêt et la nuit de noces à une femme de chambre indifférente dans un hôtel rempli de jeunes mariés envoyés par le même pasteur.

L’échec de ce mariage précipité (traité dans les dernières minutes de l’épisode) est aggravé par une fin de saison dont Amanda est quasiment absente. Atteinte d’une balle perdue dès l’épisode suivant, « Une mission en or », la jeune mariée est entre la vie et la mort pendant que sa moitié cherche à faire justice avec le concours d’un octogénaire aventureux. Dans les autres segments, l’épouse n’apparaît que dans quelques scènes, en général au début et à la fin de l’épisode. De quoi en perdre son latin et garder rancune aux producteurs, d’autant que la série ne connaîtra pas de cinquième saison.

Hors écran, les rapports entre les acteurs ont du mal à rester au beau fixe. « Ce n'est plus un secret : les relations entre nous étaient infiniment moins cordiales en réalité que dans la série », déclarera Boxleitner après l'arrêt de la série. « Kate avait beaucoup de soucis : son métier était tout pour elle, elle était obsédée par l'idée de rester au sommet, de ne pas vieillir. »

Tendue, d'autant que son second mariage se solde par un échec en 1984, Kate Jackson est de plus hospitalisée pour une tumeur maligne au sein en 1987, ce qui explique son absence dans les derniers épisodes. Tout cela, ajouté à la mésentente entre l'actrice et l'épouse de Boxleitner, Kathryn Holcomb, aura un effet déplorable sur l'ambiance du tournage. La saison du mariage sera donc la dernière et les jeunes mariés iront finir leur lune de miel loin des plateaux, Boxleitner se séparant de sa femme et Kate Jackson s'essayant à un nouveau mariage en 1991, avec Tom Hart, un promoteur immobilier. Dont elle divorce au bout de dix-huit mois.

Douze ans après son interruption, Les Deux font la paire conserve de nombreux fans, comme en attestent la bonne dizaine de sites qui lui sont consacrés sur Internet. Le couple formé par Lee et Amanda, moins explosif que celui de Clair de lune mais aussi réussi que celui de Remington Steele, préfigure, à cause de ses géniteurs Eugenie Ross-Leming et Brad Buckner, celui que formeront dans la décennie suivante Lois et Clark dans Les Nouvelles aventures de Superman. Une question demeure cependant : pourquoi aucune chaîne ne rediffuse-t-elle cette intéressante série ?

1. Cité dans Ciné Télé Revue n°89-18 du 4 mai 1989.

 

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ANALYSE DE L'UNIVERS DE LA SERIE

Peter Pan fait l’apprentissage de la vie de famille 

Alliance « contre nature » de deux personnalités apparemment opposées, Les deux font la paire plaide avant tout pour l’entente entre les sexes. La différence de « style » qui sépare a priori le bel espion et la ménagère naïve n’est pas qu’une affaire de mode de vie : c’est avant tout une affaire de sensibilité et de rapport à la vie. Aventureux, déraisonnable, volontiers téméraire, attaché à ses habitudes de vieux garçon, Lee Stetson applique à sa vie sentimentale les mêmes règles qu’à sa vie professionnelle : il y multiplie les aventures et abhorre la stabilité, synonyme d’immobilisme et donc d’ennui. La vie bien ordonnée d’Amanda est précisément l’image qu’il se fait de l’ennui : un véritable épouvantail pour cet espion surnommé Scarecrow ! Divorcée depuis un an lorsque commence la série, Amanda King est absorbée tout entière dans une vie de famille envahissante : elle conduit ses enfants ici et là, aide à leurs devoirs, s’occupe de leurs sorties scouts (elle est cheftaine) et, comble de la dépendance, vit toujours avec sa maman qui observe d’un oeil blasé les mille et une activités de sa vie de mère débordée. L’aventure, pour Amanda King, c’est d’accompagner son fiancé à la gare et de ne pas être en retard pour récupérer ses deux garçons chez un copain, après avoir fait le ménage, la lessive, les courses et rempli mille autres devoirs dont Stetson n’a même pas idée.

Chacun à sa manière, ces deux personnages représentent une face de la vie moderne. Image de l’éternel adolescent (l’Américain des années 80 souffre du complexe de Peter Pan), Stetson conduit une Porsche (puis une Corvette à partir du milieu de la deuxième saison), laisse volontiers traîner son linge sale, tout en s’opposant à toute tentative extérieure de « rangement » (« Vous avez tout chamboulé », reproche-t-il à Amanda dans « Y’a plus d’enfants ». « Enfin, je veux dire... tout est rangé ! C’est atroce, on se croirait chez vous ! »), et refoule une sensibilité jugée encombrante voire dangereuse dans l’exercice de son métier. Si l’on gratte un peu, on découvre qu’il n’a pas eu d’enfance « heureuse », la mort de ses parents l’ayant très tôt privé d’un cocon familial pour l’abandonner dès quatre ans entre les mains d’un oncle militaire qui jusqu’à sa seizième année ne l’a pas appelé autrement que « petit casse-pied » et qui, dit-il, « ne [l’] a jamais aimé ». « Noël, pour le petit Lee Stetson, se passait là où son oncle était en garnison », déplore-t-il dans « Le réveillon le plus long » pour expliquer son indifférence à l’égard de cette fête censée rapprocher les gens. Réveil matinal, lit au carré et règlements exigeants ont constitué l’ordinaire d’une vie quotidienne où le jeune Lee s’est initié au mépris de l’immobilisme, suivant tonton dans ses multiples déplacements : « Une fois au Groenland, une fois à Hambourg, deux fois à Guam... Et ça encore, ce n’est rien à côté de la chasse à l’oeuf de Pâques au Sahara ! » Comme son contemporain Magnum, qui perdit son père en Corée puis son enfance au Viêtnam, Stetson a donc grandi dans le giron de l’armée avant de s’évader de ce carcan jugé trop sévère. Alors que le grand moustachu s’est fait détective privé pour goûter aux joies simples du dilettantisme, Stetson, lui, s’est fait espion en choisissant pour mentor le fondateur de l’Agence, Harry V. Thornton. Sans renoncer aux règlements, il a ainsi trouvé un terrain de jeu idéal pour compenser une enfance contrariée.

Face à cet enfant qui ne souhaite pas grandir, archétype du héros masculin, Amanda King représente au contraire l’enracinement dans la réalité la plus quotidienne et la plus éloignée, en apparence, du monde merveilleux de l’enfance. Alors que l’homme joue au héros dans sa belle voiture de sport, la femme, elle, tient la maison, règle la vie domestique et conduit un break. L’enfance, pour elle, ce sont deux garçons pas encore pubères (Philip a 10 ans, Jamie 8) dont il faut gérer le quotidien. De leurs rêves, on ne sait ni ne saura jamais rien. La cellule familiale dirigée par Amanda fait figure d’idéal domestique : si les garçons se chamaillent parfois, ils ne posent aucun problème relationnel à leur mère, qu’ils embrassent plusieurs fois par jour et dont ils suivent consciencieusement les ordres. Dans les jours de grande activité (c’est-à-dire à peu près tous les jours), Amanda se transforme ainsi en général ordonnant la vie de sa troupe.

Risquons à ce stade un premier constat : la donne initiale de la série contient déjà un détournement paradoxal du double cliché de l’espion aventureux et de la ménagère embourgeoisée. Des deux, ce n’est pas forcément celui qu’on croit qui est le mieux préparé à une redistribution des cartes : rodé dans son métier à l’art de réagir aux situations les plus inattendues, Stetson est totalement enfermé dans un mode de pensée routinier qui fait de lui un exemple classique de « vieux garçon », engoncé dans ses petites habitudes. A l’opposé, Amanda, qui semble bien plus dépendante d’un mode de vie répétitif et sans surprise, est au contraire entraînée à l’art de jongler avec l’imprévu. Si le premier est manifestement incapable de modifier son mode de vie du jour au lendemain (« Je ne connais strictement rien à la vie de famille », reconnaît-il dans « Amanda se marie »), la seconde en revanche a déjà une expérience de l’urgence et de l’improvisation qui caractérisent la vie d’espion. Avec de l’exercice, elle est potentiellement capable de « changer de vie », pour peu qu’on lui donne la possibilité « technique » de gérer deux activités aussi contradictoires que la vie de famille et l’espionnage. Rien de plus faux, autrement dit, que la formule de Stetson dans « Amanda se marie », lorsqu’il déclare à sa partenaire d’un jour : « Vous serez bien mieux dans un bureau avec l’air conditionné plutôt qu’à vivre comme moi à cent à l’heure. » La vie à cent à l’heure, Amanda King la connaît déjà, même si ce sont les factures et les cris des enfants qui sifflent à ses oreilles, non les balles. La mère de famille aura d’ailleurs plusieurs fois l’occasion d’appliquer à son « hobby » d’espionne quelques trucs appris au hasard des imprévus domestiques : dans « Bombe funèbre », elle exhorte Lee à désamorcer une bombe en coupant le fil bleu, parce que, dit-elle, « quand mon lave-vaisselle ou ma télé sont en panne, je secoue toujours le fil bleu » !

 

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Quoi qu’il en soit, Amanda King et Lee Stetson représentent au début de la série deux archétypes qui correspondent ni plus ni moins à la différence des sexes. D’un côté la tête brûlée indépendante et rétive à toute forme de domestication, de l’autre la femme mûre, bavarde, futile et... domestique !

Parallèlement aux multiples situations chargées de créer entre les protagonistes les circonstances d’un rapprochement d’abord inopiné, les histoires de la série utilisent les personnages secondaires pour illustrer de diverses manières l’équilibre (ou le déséquilibre) des sexes. Dans « A bas la pollution », par exemple, le bad guy se sert des femmes pour parvenir à ses fins, tirant profit de leur romantisme et de leur naïveté avant de les assassiner. Dans « Une espionne au coeur tendre », en revanche, l’homme qu’Amanda est chargée d’espionner tombe réellement amoureux d’elle, tandis que dans « Télépathie inachevée » Lee est confronté à un ancien amour ressuscité où entre, une fois de plus, une part de manipulation. Même les tueurs agissent parfois en couple, comme ceux d’« En attendant Godorsky » : un homme plutôt sportif et immature et une femme forte qui finit par prendre les choses en main !

La relation des protagonistes évolue doucement, chaque étape de la série semant les germes d’un rapprochement programmé dont on regrettera seulement qu’il ait été mal orchestré en définitive. D’abord fermement opposé à la collaboration régulière d’Amanda (« Non, non, non, vous n’étiez pas ma partenaire mais seulement une aide passagère », déclare-t-il à la fin du pilote), Lee accueillera régulièrement avec force soupirs le retour périodique de son enthousiaste ménagère, tout en songeant naturellement à elle pour le seconder dans d’autres missions. Dès le deuxième épisode, « Amanda se marie », il se tourne vers elle car il a besoin de passer pour un mari modèle dans un petit quartier résidentiel. Elle est aussi la candidate idéale pour servir de chaperon à un petit génie de l’informatique convoité par le KGB dans « Y’a plus d’enfants », à une transfuge hongroise dans « Sosie en sursis », ou à une princesse dans « Retour aux sources ».

Peu à peu se crée ainsi une relation que le beau Lee ne prend guère le temps d’analyser mais qui est à l’évidence plus profonde qu’il n’y paraît : s’il arrive à Amanda de prendre soin littéralement de Lee en devenant par exemple son aide-soignante dans « Cas de conscience », l’instinct protecteur de Lee s’exerce avec plus de discrétion mais non moins sûrement. Dans « Une espionne au coeur tendre », son inquiétude saute aux yeux lorsqu’il porte le corps sans vie de la jeune femme, droguée. Dans l’épisode suivant, « L’échange », son supérieur Billy Melrose lui demande s’il y a quelque chose entre lui et Amanda, s’étonnant de l’intérêt qu’il prend au sort de la jeune femme. Dans « Erreur de commandement », quelques mois plus tard, Lee déclarera fièrement à son oncle que c’est lui qui a tout appris à sa partenaire, entérinant à sa manière le statut nouveau d’Amanda.

Avant les protagonistes eux-mêmes, ce sont les personnages épisodiques qu’ils côtoient chaque semaine qui explicitent le sentiment naissant. La princesse de « Retour aux sources », la transfuge de « Sosie en sursis » sont parmi les premières à percevoir ce qui se passe entre les deux tourtereaux qui s’ignorent, en dépit de leurs dénégations. Très vite, Billy Melrose sera l’observateur privilégié de leur relation, glissant à l’occasion une remarque allusive, lorsque s’étant rapprochés ils s’efforceront de garder le secret autour de leurs sentiments. Dans « Marché de dupe », il encourage Lee à fonder une famille ; dans « De mémoire d’agent secret », il donne au couple son « approbation » ; et c’est lui qui, dans « La belette sibérienne », leur attribue un bureau à l’abri des regards indiscrets, donnant une nouvelle orientation à leur association.

Ouvrons ici une nouvelle parenthèse, pour regretter que Billy et Francine, deux des protagonistes de la série, n’aient pas bénéficié de plus grands soins de la part des scénaristes. L’un et l’autre auront leurs épisodes (« De mémoire d’agent secret », « Faux amis », « Sosie en sursis » entre autres) mais l’on ne saura jamais que peu de choses de leur vie. Le premier mentionne à plusieurs reprises son épouse Jenny, on sait qu’il est sorti de l’école de droit presque trente ans plus tôt et qu’il a connu Lee lorsque celui-ci était un tout jeune agent dix ans auparavant. De la seconde on note surtout le caractère un rien prétentieux et snob, d’ailleurs atténué dans les deux dernières saisons. Ses sentiments supposés pour Lee ne seront que suggérés et son enfance juste évoquée dans « Faux amis », où elle déclare avec amertume : « Mon père a toujours voulu que je sache me battre dans un monde d’hommes, alors j’ai travaillé deux fois plus que n’importe quel homme, et j’ai réussi. » En revanche, ses talents d’espionne seront plusieurs fois démontrés lorsqu’elle prêtera main forte à Lee et Amanda, au hasard de leurs missions. De même la mère d’Amanda, Dotty, quoiqu’omni-présente et dotée un moment d’un chevalier servant (le Capitaine Curt, plusieurs fois évoqué et que l’on voit dans « Le complot », saison 4), aurait gagné à être mise plus souvent sur le devant de la scène, comme elle l’est dans les épisodes « Un anniversaire mouvementé » ou « L’art de se faire prendre au jeu ».

 

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L’un des charmes des deux premières saisons réside dans les petits gestes et les paroles anodines qui trahissent peu à peu les sentiments du couple vedette. Dans « Sosie en sursis », Amanda refait le noeud de cravate de Lee tout en s’entretenant avec lui d’une affaire en cours. Dans « Le film de Scotty » ou « Un scandale imprévu », ils éprouvent une gêne visible à se toucher. Dans « La taupe », Lee fait une petite scène de jalousie à sa partenaire. Et si au début d’« Un weekend pas comme les autres » il lui passe la bague au doigt en précisant que « c’est strictement professionnel », dans « Les trois visages d’Emily » il est déjà moins catégorique : « J’aimerais qu’on sorte ensemble.  - Vous voulez dire... comme quoi ?  - Comme des amoureux. Enfin... en quelque sorte.  - Oh ! En quelque sorte... Vous voulez dire que c’est pour le travail, ce n’est pas pour le plaisir.  - Non, non, non, là vous faites erreur. Ce sera pour vous tout ce qu’il y a de plus plaisant mais pour moi ce sera un peu différent... »

Au fur et à mesure des épisodes, Lee s’aventure également plus avant dans la maison, prenant davantage de libertés. Amanda le trouve ainsi à fouiller dans son frigo dans « Les trois visages d’Emily », alors qu’elle le retrouve habituellement dans le jardin, sous la fenêtre de la cuisine. Ce n’est que dans les dernières saisons qu’il y entrera le plus simplement du monde, par la porte, en devenant le « flirt » officiel d’Amanda.

En poussant les personnages dans les bras l’un de l’autre, la troisième saison explicitera ce que les deux premières travaillaient à garder implicite. « A votre contact, j’ai appris à mieux connaître les gens, à me connaître moi-même », confie Lee dans « Une nouvelle utopie ». « Je t’aime depuis très longtemps, seulement je ne l’avais pas réalisé », dira-t-il enfin au seuil de la quatrième saison, dans la première partie de « Stemwinder ». D’un épisode à l’autre, on les retrouve souvent en situation de couple, d’abord implicitement puis explicitement : dans « Stock-car dans la ville », ils se disputent pour le choix d’une voiture ; dans « Le prix de la liberté », ils discutent pour savoir s’ils dormiront la lumière allumée ou non ; et dans « Stemwinder », deuxième partie, Lee a cette réplique savoureuse: « Si on nous voyait, en train de briquer nos armes au coin du feu après un dîner aux chandelles ! La famille d’espions modèle telle que doivent se l’imaginer la plupart des gens » !

« Une femme de trop », ultime segment de la série, s’offre au terme de quatre ans de marivaudage comme la conclusion logique de ces tergiversations amoureuses. Jeunes mariés, Lee et Amanda font l’apprentissage de la vie à deux et apprennent à corriger ces petits défauts qui font le charme de la vie en couple. Le retour de Harry Thornton et le couple d’espions vieillissants qu’il forme avec Barbara Bain propose une saisissante image de l’avenir des espions tourtereaux, tout en affirmant le potentiel encore très fort de la série, qui eût pu devenir une sorte de Pour l’amour du risque version Spygame. Et Billy Melrose y hérite de la réplique qui sera aussi notre mot de la fin, avant de laisser l’espion et l’ex-ménagère roucouler en paix : « Travailler ensemble c’est un peu comme un mariage : on croit avoir fait le tour de la question et pourtant il ne faut pas s’y fier : c’est l’aventure, il y a toujours de l’imprévu ! »

 

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FICHE TECHNIQUE

Créée par : Eugene Ross-Leming et Brad Buchner

Produite par : Juanita Bartlett

Co-producteur : Wayne Wahrman

Producteurs : Steve Hattman, Peter Lefcourt, Mark Lisson, Michael J. Maschio, Bill McCutchen, Bill Froehlich, Kurt P. Galvao, Ronald G. Smith, Dennis C. Duckwall, Eugenie Ross-Leming

Producteurs exécutifs : Brad Buckner, Tom Chehak, Rob Gilmer, Peter Rosten

Producteurs associés : Dennis C. Duckwall, George Geiger, Christopher Nelson, Sascha Schneider, Paul Waigner

Supervision de la production : Cliff Gould, Michael S. McLean Christopher Nelson

Musique : Mark Hoder, Arthur B. Rubinstein

Supervision des costumes : Molly Harris Campbell, Dawn J. Jackson

Maquillage : Fred C. Blau Jr., Edwin Butterworth, Susan Germaine

Coiffures : Bette Iverson, Barbara Lorenz, Chris McBee, Carol Meikle, Timothy A. Miguel, Faith Vecchio

Responsable de l'équipe de production : Edward Joseph, Bob Mendelsohn (Londres), Donald Roberts, Ronald G. Smith, Gerhard von Halem (Allemagne)

Premiers assitants-réalisateurs : Greg Beaudine, Michael Boyadjiew, Richard Butler, Tom Connors, Kevin Corcoran, James Dillon, Patrick A. Duffy, Daniel Dugan, Bettina Förg, Ryan Gordon, Paul Ivers, Ray Marsh, Don-Martin Nielsen, John Slosser, Michael Smid, Bruce Solow, Bill Westley

Réalisateur de la seconde équipe : Peter Carpenter

Seconds assistant-réalisateurs : Bill Carroll, Jan DeWitt, Robert J. Doherty, W. Alexander Ellis, Stephen J. Fisher, Robin Holding, Richard Hoult, Stewart Lyons, Victoria E. Rhodes, Donald Roberts, Ronald G. Smith, Steve Stafford, Lewis Stout, Paul Tivers, Steven Tramz

Responsables de plateau : Ed Brown, Peter Leier, Jimmy Lodge, Douglas Middleton

Coordination de la construction : Beverly Hadley

Montage du son : Sam Caylor, Don Crosby, Robert Heffernan, Heiko Hinderks, Sid Lubow, Eugene Marks, Allan R. Potter, Don Rush, Corinne Sessarego, George Stephenson

Montage de la musique : Don H. Matthews, James Troutman, Josef Von Stroheim

Responsable du mixage : Allan R. Potter, Abby Treloggen

Efftets spéciaux : Bill Doane, Don Power, Arthur Sears, Eddie Surkin, Frank Toro, Harrie Wiessenhaan

Cascadeurs : Kenny Bates, Steve Kelso, Lane Leavitt, Tom Morga, Jesse Wayne

Production : Shoot the Moon Enterprises et Warner Bros Television (1983/1987)

 

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LISTE DES EPISODES

 

Saison I (10 octobre 1983 au 05 mai 1984)

01. Premières armes

02. Amanda se marie

03. Cas de conscience

04. Forteresse roulante

05. Y'a plus d'enfants

06. Une espionne au coeur tendre

07. Retour aux sources

08. L'échange

09. Tactique de jeu

10. Le réveillon le plus long

11. En souvenir du passé

12. Téléphathie inachevée

13. Qui est qui ?

14. Sosie en sursis

15. La taupe

16. Le sauveur

17. Le roublard

18. Le film de Scotti

19. Anniversaire mouvementé

20. Un week-end pas comme les autres

21. En attendant Godorsky

 

Saison II (01 octobre 1984 au 13 mai 1985)

22. La mangouste

23. Le ticket gagnant

24. Agent double

25. La légende du château hanté

26. Formule magique

27. Les brunes ont la côte

28. La tournée des lacs

29. Scandale imprévu

30. Echec et mat

31. Mémoire à la carte

32. Les trois visages d'Emilie

33. Mariage en blanc

34. La toile d'araignée

35. Sénateur de cinq à sept

36. Une erreur de commandement

37. Réception privée

38. Femme banale

39. Stock car dans la ville

40. Les délires d'Amanda

41. Morte sans le savoir

42. Scarecrow sur la mauvaise pente

43. Faux amis

44. A bas la pollution

 

Saison III (23 septembre 1985 au 12 mai 1986) 

45. A lovely little affair

46. La magie d'Oz

47. Danger mannequin

48. Bombe funèbre

49. Les dollars sont éternels

50. Le vin empoisonné

51. Une nouvelle utopie

52. Le gang des étoiles

53. Dossier top secret

54. Le prix de la liberté

55. Une affaire d'honneur

56. Hamburger surprise

57. Le dissident

58. Jeu, set et match

59. L'ingénieur du pharaon

60. Le trio infernal

61. Tout dans les yeux

62. Double face

63. Sa Majesté le roi

64. Vengeance à retardement

65. Trois petits espions

66. Les feux de la rampe 

 

Saison IV (19 septembre 1986 au 28 mai 1987)

67. Sterm Winder

68. Sterm Winder (2)

69. La belette sibérienne

70. Mémoire à la carte

71. C'est tombé à l'eau

72. Le complot

73. Le manuscrit

74. Pêche en eaux troubles

75. Mort à répétiton

76. De mémoire d'agent secret

77. Des jouets pour Noël

78. Spéciale première

79. Marché de dupes

80. Les rumeurs de la mort

81. Contre-temps

82. Piège à espion

83. Une mission en or

84. Le mal pour le bien

85. Tout ce qui brille n'est pas or

86. Attentat en Afrique

87. Meurtre au dessert

88. La liste de Khroutchev

 

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Dernière mise à jour : ( 21-08-2015 )
 

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