VISITEURS ACTUELS

Il y a actuellement 4 invités en ligne

ACTEURS TV

Peter Falk

Image

Un dossier conçu par Christophe Dordain.

Crédits photographiques : Universal Television.

Lire la suite...
 

ACTRICES TV

Diana Rigg.

Image

Un portrait et une galerie conçus par Régis Dolle.

Crédits photographiques : ABC Television / Avengers Productions.

Lire la suite...
 

REALISATEURS TV

Don Weis.

Image

Les grands réalisateurs de séries télévisées.

Un dossier conçu par Christophe Dordain.

Lire la suite...
 

PRODUCTEURS TV

David Gerber

Image

Un portrait conçu par Christophe Dordain.

Crédits photographiques : NBC Television / CBS Television / David Gerber Productions.

Lire la suite...
 

FILMS TV

La Main Noire de Victor Vicas avec Jean-Claude Bouillon, Pierre Maguelon, Jean-Paul Tribout.

Image

Une série produite par Robert Velin, Etienne Laroche et Roland Gritti.

Un dossier conçu par Christophe Dordain.

Crédits photographiques : Jean-Pierre Julémont / Télécip.

Lire la suite...
 

GUIDES D'EPISODES ANNEES 2010

Body of Proof avec Dana Delany, Jeri Ryan, Nicholas Bishop. Guide des épisodes.

Image

Une série créée par Chris Murphey et Matt Gross.

Un guide conçu par Noah Ward.

Crédits photographiques : ABC Television.

Lire la suite...
 

GUIDES D'EPISODES ANNEES 2000

Grey's Anatomy avec Katherine Heigl, Patrick Dempsey, Justin Chambers. Guide des épisodes.

Image

Une série créée par Shonda Rhimes.

Un guide conçu par Christophe Dordain.

Crédits photographiques : Buena Vista Television.

Lire la suite...
 

GUIDES D'EPISODES ANNEES 80

Tonnerre de Feu avec James Farentino. Guide des épisodes.

Image

Une série produite par David Rodgers.

Un guide conçu par Christophe Dordain.

Crédits photographiques : ABC Television / Columbia Pictures.

Lire la suite...
 
Battlestar Galactica avec Edward James Olmos, Mary McDonnell, Jaimie Bamber, Katee Sackhoff. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Thierry Le Peut   
12-07-2016

Image

Une série créée par Glen A. Larson et Ronald D. Moore.

Un dossier conçu par Thierry Le Peut.

Crédits photographiques : Sci Fi Channel.

BATTLESTAR GALACTICA

(2004/2009)

 

Image

 

40 ans après un armistice finalement signé avec les Cylons, les 12 colonies de Kobol vivent en paix. Le Battlestar Galactica, commandé par l'amiral Adama, est sur le point d'être relégué au rang de "musée". 

 

Image

 

PRESENTATION

C’est peu dire que l’annonce en 2003 de la préparation par Sci-Fi Channel d’une nouvelle version de Battlestar Galactica attisa la curiosité des fans de la série culte-kitsch de Glen A. Larson. Après le bruit fait par Richard Hatch, l’Apollo original, autour de la démo financée à ses frais pour relancer le titre avec certains des acteurs originaux, puis l’annonce d’un long-métrage réalisé par Bryan Singer, on se demandait ce qu’allait devenir le projet, abandonné aux aleas de la procrastination. Enfin l’abstraction trouvait une matière dans laquelle se réaliser, et bientôt un nom auquel se raccrocher : celui de Ronald D. Moore, surtout connu pour sa collaboration à l’univers de Star Trek via ses nouvelles déclinaisons.

Un an et demi après son succès sur SciFi, la Bête était enfin arrivée chez nous par le truchement de la Chaîne Action et Suspense d’Universal (13è Rue avant sa diffusion complète sur Scifi version française), précédée donc d’une sacrée réputation : Battlestar Galactica 2003 ne se contentait pas de revisiter la série originelle, entend-on depuis un an, il la refaçonnait à l’image d’une science-fiction plus adulte, mûrie par deux décennies de Star Trek et autres X-Files cathodiques. L’idée paraissait excellente et l’on peinait à imaginer ce qu’aurait pu donner vingt-cinq ans après la bluette de Larson, croisement de Star Wars, de l’Exode, de la mythologie grecque et des Têtes Brûlées – car il ne faudrait pas oublier que Galactica, la série-mère, était avant tout une série de guerre dans l’espace, dont l’un des maîtres d’oeuvre fut celui-là même qui avait pris en main les destinées des pilotes des Têtes Brûlées dans leur seconde saison : Donald P. Bellisario, grand amateur du cinéma des années trente à cinquante, auquel il ne cesse de rendre hommage dans toutes ses productions.

Dans le « remake » de Ronald D. Moore, cet aspect est replacé au coeur de l’histoire : il s’agit dans la mini-série de trois heures de raconter la destruction quasi complète de l’espèce humaine constituée des Douze colonies imaginées par Larson en 1978. Au passage, cependant, le scénario effectue une refonte des Cylons, les ennemis de l’humanité : l’accent est ainsi mis sur la responsabilité des humains dans la création de leurs futurs destructeurs. On obtient ainsi une problématique à la Terminator – mais que la franchise lancée par Cameron n’a nullement inventée – où l’Homme crée lui-même la graine de sa propre extinction. L’accroche lisible sur l’une des affiches promotionnelles de la mini-série, « Ne créez jamais ce que vous ne pouvez contrôler » (Never Create What You Can’t Control), prend donc la forme d’une mise en garde que chacun pourra interpréter à son gré comme un joli slogan ou comme un avertissement lancé à notre propre société (avertissement certes éculé mais qui n’en reste pas moins pertinent).

Mais les Cylons ont également bien évolué depuis leur « création » voici vingt-cinq ans : le scénario joue ainsi avec l’esthétique de la série-mère tout en remisant au placard ses artefacts. De fleuron de la flotte galactique en 1978, le vaisseau Galactica devient un musée dédié à une époque révolue où la guerre était encore d’actualité ; la menace cylon est bien éloignée lorsque commence la mini-série et les Colonies pensent en avoir fini avec les combats qui s’achevèrent des décennies plus tôt par une paix entre humains et Cylons, ces derniers acceptant de s’exiler dans un monde lointain en renonçant, apparemment, à tout contact avec l’humanité. En conséquence, le Commander Adama, lorsqu’il assume le commandement du Galactica, a pour mission de superviser sa transformation en musée, musée dans lequel on retrouve les artefacts sus-mentionnés, à commencer par une carcasse de Cylon « d’origine » et par une escadrille de chasseurs Viper, obsolètes depuis longtemps.

Ces prémisses ne manquent pas de saveur mais venons-en à la modification essentielle touchant les Cylons, qui ne manqua pas de faire couler de l’encre lorsqu’elle fut révélée, et qui suscite encore la perplexité : car si l’on retrouve bien une forme de robots munie de la « lumière rouge » qui distinguait les Cylons de jadis – et qui ornera ensuite une certaine super-voiture créée par Larson – la forme définitive des Cylons en revanche est pour le moins inattendue et surprenante. D’aucuns diront « pourquoi pas ? », mais la problématique nouvelle issue de cette métamorphose radicale se rapproche de la paranoïa traditionnelle inhérente aux Envahisseurs et à ses avatars peuplés d’ennemis métamorphes, ce qui nous éloigne considérablement de la série-mère.

On associera ce lifting cylon au rajeunissement général du casting et à l’actualisation des rapports entre personnages. Car si Adama reste le doyen de la nouvelle équipe, bien que n’ayant pas atteint l’âge canonique de son modèle (Lorne Greene post-Bonanza dans la version 1978), la transformation la plus radicale touche celui qui campait dans la série-mère l’archétype du félon : d’homme mûr plié aux manoeuvres politiques, Baltar devient un jeune scientifique à la libido dévorante et doté d’états d’âme névrotiques, à mi-chemin entre félon et victime. De même les relations plutôt lisses qui unissaient Apollo à son père Adama sont désormais teintées de rancoeur, et la mort de Zack, le jeune frère d’Apollo, simple « gimmick » dans le pilote originel, prend ici la forme d’une blessure autour de laquelle se cristallise la relation père-fils, d’une complexité toute moderne.

Le changement de sexe de Starbuck (inimitable cabotin Dirk Benedict dans la version de Larson) participe de la même volonté de mise à jour : les personnages de femmes musclées à la James Cameron (on pense à Aliens tout spécialement) sont passés par là et la nouvelle Starbuck se distingue autant par son aptitide exceptionnelle au pilotage que par sa capacité à faire le coup de poing et la rage intérieure qui l’anime. Le jeu tout en légèreté de Dirk Benedict, qui contournait les règlements avec l’humour et l’insouciance qu’il prêtera ensuite au Futé d'Agence Tous Risques, fait ainsi place à une personnalité fondée sur la colère. Hommage tout de même au personnage initial : Starbuck fume toujours le cigare !

Un autre aspect attendu de la mini-série était évidemment le visuel choisi pour représenter les séquences dans l’espace. De l’ère des maquettes à celle des images de synthèse, Galactica ne pouvait conserver le même look. La volonté de mettre la guerre en images annonçait par ailleurs un souci de réalisme qui, par le CGI, ne va pas forcément de soi. De ce point de vue, Battlestar Galactica 2003 ne déçoit pas : les combats évoquent davantage les évolutions de Corsaires et de Zéros empruntées par Les Têtes Brûlées et autres films de guerre aux images d’archives de l’armée américaine que les combats spatiaux renforcés aux sons électroniques. La caméra adopte un déplacement fluide parfois difficile à lire mais adapté à la rapidité des chasseurs humains et cylons.

Le combat qui oppose le Galactica aux bases stellaires cylons, et dans le même temps les Viper aux chasseurs ennemis, dans la seconde partie, est un modèle du genre, certainement l’une des séquences les plus impressionnantes de la mini-série. Les tubes de lancement des Viper et la plateforme d’atterrissage sont en outre très bien reconsti-tués et parviennent, en quelques instants magiques, à reproduire la féérie que l’on pouvait éprouver jadis quand, encore enfant, on plongeait avec délice dans l’atmosphère d’un Galactica. Ce qui fait défaut, en revanche, est l’ampleur épique qu’un long-métrage aurait pu conférer à la destruction des colonies : largement suggérée, elle ne donne lieu en effet qu’à quelques plans lointains et repose essentiellement sur l’imagination du spectateur. Pas d’attaque de vaisseaux cylons mais des explosions nucléaires vues de l’espace : les temps ont changé et la pénétration des systèmes informatiques, doublée d’une stratégie calquée sur le terrorisme de nos sociétés modernes, remplace désormais l’attaque frontale des temps anciens, encore tributaire des images de la Seconde Guerre mondiale.

La mini-série, écrite par Ronald D. Moore et Christopher Eric James, réalisée par Michael Rymer, mise en musique par Richard Gibbs, s’inspire du scénario original de Glen Larson plus qu’elle ne le copie. Le postulat de départ est sensiblement le même mais la complexité des caractères donne à l’ensemble la facture « adulte » voulue par les producteurs : on est ici plus proche de Babylon 5 que de Star Trek, le réalisme émotionnel cherche à remplacer l’ancien idéalisme même si l’attachement à l’héroïsme traditionnel se ressent encore, essentiellement à travers la « tête brûlée » Starbuck. Le scénario ne fait pas l’impasse, cependant, sur les sacrifices nécessaires à la survie : les « héros » abandonnent ainsi des milliers de survivants pour en sauver d’autres, ou décident de sacrifier plusieurs dizaines de vies pour sauver le reste du Galactica. Même le Commander Adama, figure de sang froid et de bravoure, apparaît possédé par la violence lorsque, le visage ensanglanté, il s’acharne sur un adversaire dans une scène de combat marquante. Le scénario évite ainsi de glorifier la guerre et met l’accent sur les faiblesses des personnages et sur leur complexité, au contraire de la série d’origine. (Reconnaissons toutefois que ces éléments étaient en germe dans le pilote de Larson, où l’on évoquait également les vies sacrifiées et les conditions déplorables dans lesquelles vivaient une partie des survivants, parqués dans les entrailles de vaisseaux assimilables aux bas-fonds d’une cité moderne.)

Tout scénario comporte des faiblesses : celui de Battlestar Galactica 2003 a ses longueurs et ses limites. Mais la mini-série a gagné son pari qui était de renouveler un programme ayant largement bénéficié au fil des ans de l’effet « culte », qui masquait parfois ses limites évidentes. Le « remake », principe choisi par Moore de préférence au prolongement de la série inspiratrice « vingt ans après », est réussi : paradoxalement, alors que son finale constitue peut-être l’une de ses parties les plus faibles, car trop convenu, l’ensemble porte des promesses que la série subséquente avait de tenir et elle y est finalement parvenue.

 

Image

 

CRITIQUE DE LA SERIE

La mini-série nous avait donc déjà convaincu, la série a confirmé ses promesses. C’est sans surprise que SciFi a fait de Battlestar Galactica l’un de ses fers de lance lors de son lancement sur CanalSatellite : aux Etats-Unis, la série avait déjà fait parler d’elle, au point de figurer aux yeux de certains le renouveau de la SF télévisée (notons toutefois que ce n’est pas son premier renouveau !). Plus âpre, plus adulte, plus réaliste, Battlestar Galactica semblait réconcilier les fans de la série originelle – pourtant kitsch ! – et les amateurs d’une narration plus exigente, loin des clichés alignés par la première mouture, de ses personnages stéréotypés et de ses situations largement inspirées de la Seconde Guerre mondiale (rappelons la présence de Donald Bellisario au poste de producteur, scénariste plus qu’occasionnel et même réalisateur de « La main de Dieu », l’ultime épisode).

Bon, ne reprenons pas ici les qualités et les défauts de la mini-série, que l’on peut retrouver dans la série subséquente. Mais considérons celle-ci avec l’œil averti de celui qui connaît déjà la mini-série de trois heures et qui découvre maintenant le format « quarante minutes » hebdomadaire. Battlestar Galactica est plus proche de Babylon 5 que des séries Star Trek, y compris à mon sens Deep Space Nine dont on a dit qu’elle introduisait dans la franchise une complexité de relations et de situations, notamment politiques, jusqu’alors inédite.

Le visuel de la nouvelle série retrouve une certaine âpreté de Babylon 5, dans les couleurs choisies, la tonalité sombre, l’intégration à une trame de science-fiction de préoccupations extrêmement contemporaines : tandis que Babylon 5 peignait une société future tentée par le retour au totalitarisme et mettait en question des problématiques universelles comme l’impérialisme, la décadence, l’assouvissement et la revanche de peuples humiliés, Battlestar Galactica montre les choix et les actes de soldats, de politiciens, de gens plus ou moins ordinaires au lendemain d’une catastrophe sans précédent, d’un « choc de civilisations » à l’échelle d’un système galactique, de l’extinction quasi-totale d’une race par une autre. Le fait que la race destructrice (les Cylons) ait été créée par la race déchue (les humains) n’en a que plus de résonances dans l’actualité contemporaine : le terrorisme islamique, en partie créé, formé et armé par l’Occident, se retourne contre celui-ci et menace de le détruire au nom, à la fois, d’une revanche sur le passé et d’une lutte idéologique conduisant à l’indispensable annihilation de l’une des deux parties.

Partant de ce postulat, la série met en scène des situations qui ne peuvent qu’évoquer celle des Etats-Unis face à la menace terroriste, l’intérêt de l’optique choisie par la série étant de brouiller la frontière entre « bons » et « méchants » en accentuant l’ambiguïté des personnages, d’un côté comme de l’autre, notamment par le choix de situations qui les obligent à des décisions extrêmes, souvent contestables bien que dictées par la nécessité – ou une vision de la nécessité. Que l’on voie par exemple la nouvelle Starbuck (homme jadis, femme aujourd’hui, mais avec quelle poigne et quelle hargne !) interroger un Cylon à apparence humaine avec les ménagements qu’elle juge utiles : des scènes de violence « policière », allant jusqu’à la torture, contrastent avec l’attitude plus « respectueuse » de la Présidente de l’humanité rescapée de l’holocauste… jusqu’aux dernières minutes de l’épisode, où les lignes sont plus floues que jamais.

Battlestar Galactica refuse le manichéisme cher au récit héroïque et cultive l’ambiguïté, développant autour de ses personnages un regard lucide sur une réalité complexe mais surtout sur l’humaine condition, identique qu’elle s’exprime sur notre Terre ou dans l’espace lointain. Les héros de la série (héros ?) sont ainsi des copies conformes des humains qui peuplent notre planète, quand bien même ils sont censés évoluer dans un autre système que le nôtre. Leurs comportements, leurs lieux de vie, leurs traditions, leurs valeurs, leur mode de vie même sont très proches des nôtres, ce qui favorise évidemment l’identification – avant qu’elle ne soit contrecarrée par les actes de ces héros de l’espace. La série maintient donc la distance qui sépare les nouvelles moutures des anciennes, et quand elle convoque l’une des stars d’hier – Richard Hatch / Apollo dans un épisode situé sur un vaisseau-prison – ce n’est pas pour lui donner le beau rôle mais au contraire pour l’utiliser à contre-emploi, dans un rôle toujours ambigu qui interroge de nouveau la légitimité de la violence dans une situation extrême. Bien sûr, Glen Larson, le créateur de la série originelle, n’a rien à voir dans cette nouvelle version, même s’il est crédité au générique en qualité de producteur consultant.

De même qu’un univers sépare les deux Starbuck et les deux Apollo, de même l’Adama incarné par Edward James Olmos est à des lieues de la figure biblique originelle interprétée jadis par Lorne Greene. Alors que ce dernier était associé pour l’éternité au rôle de Ben Cartwright (un autre patriarche, peut-être moins biblique mais tout aussi monolithique), Olmos s’est fait une place à la télévision en incarnant déjà un personnage non dénué d’ambiguïté en dépit de son aura de « chef » plus ou moins charismatique : le Lt Castillo de Miami Vice. Du flic taciturne au commandant engoncé dans son uniforme de leader condamné à mener les survivants de l’humanité vers leur Terre Promise, Olmos conserve la violence contenue et les blessures du passé, que son rôle de chef lui interdit de laisser paraître avec trop d’évidence.

Battlestar Galactica est en outre une série écrite avec talent, dont chaque épisode scotche le spectateur sur son fauteuil et se termine trop tôt, sur un moment de suspense plus ou moins grand, ou sur une scène destinée à susciter la réflexion. Le doux-amer, les teintes mitigées sont le lot hebdomadaire du public de la série. On reprochera certes à celle-ci de laisser végéter le personnage de Baltar et d’utiliser son Cylon nouveau modèle (Six, blonde pulpeuse et dangereuse toujours présente dans l’esprit du Dr Gaius Baltar, dont elle est en quelque sorte le double manipulateur, dissimulé dans les replis de sa conscience) comme un gimmick dont les apparitions ne semblent destinées qu’à promener son attrayante plastique dans le décor du Galactica ; mais la Belle blonde n’instille pas seulement le doute dans l’esprit de Baltar, elle l’insinue aussi en nous. C’est à travers elle que les scénaristes interrogent les motivations des Cylons, dont le dessein demeure sibyllin : « Ils ont un plan », répète chaque semaine le prégénérique de la série, et Dieu occupe manifestement une place de choix dans ce Grand Dessein. Mais de quel Dieu s’agit-il ? De quelle nature est la perception cylonne de ce Dieu et quel rôle jouent réellement ces interrogations métaphysiques et religieuses dans le « plan » de la série ?

Pour voir et entendre une réponse à ces questions, il faut attendre et suivre les évolutions de chaque épisode ; il faut accepter de suivre, en parallèle aux « aventures » de la flotte survivante traquée par les vaisseaux ennemis, l’odyssée absconse de deux rescapés séparés de la flotte et errant sur une planète occupée par les Cylons. Deux rescapés dont l’un est un Cylon programmé pour la manipulation dans un but expérimental, mais peut-être pas si bien contrôlé qu’on pouvait le penser d’abord. Où nous mènent ces deux personnages ? Où nous conduisent les questions posées par Six au cerveau tourmenté de Baltar ? Qu’avaient donc en tête les Cylons en détruisant l’humanité et pourquoi traquent-ils les survivants sinon parce que le devenir de ces derniers importe au leur, parce que leurs deux destins sont plus intimement liés que ne le suggéraient les prémisses de la série ?

Le « plan » des Cylons est certes un gimmick scénaristique aujourd’hui quasi-obligatoire de la narration sérielle américaine : les séries les plus en vue sont soumises à un dessein-destin censé leur donner dynamisme et épaisseur – et y parvenant en effet dans le meilleur des cas. Dans Battlestar comme ailleurs, la qualité de ce dessein dépend de la capacité des scénaristes à le prolonger sans le résoudre, en évitant le double piège de la lenteur (l’extension infinie dont rêvait David Lynch pour Twin Peaks et qu’ABC l’obligea à abandonner au bout de quelques épisodes) et de la précipitation (l’accumulation surabondante de rebondissements chère à Chris Carter). Il faut attendre la fin de la première saison et les développements ultérieurs (on en est à parler de la troisième saison aux Etats-Unis) pour juger de la réussite ou de l’échec des scénaristes en l’occurrence. Mais d’emblée cette ligne métaphysico-religieuse renvoie à l’essence même des conflits et des peuples, tout en conservant l’habillage désormais convenu de la « volonté supérieure » - à la fois celle de « ceux qui savent », les Cylons en l’occurrence, et celle des producteurs-scénaristes de la série, dont on ne peut jamais être certain qu’ils savent effectivement où ils conduisent leur public.

En renonçant définitivement aux oripeaux d’une vision mutilatoire et surannée de la science-fiction – la version western spatial que cultivait la série originelle et que reprit récemment, à dessein, Joss Whedon dans Firefly -, Battlestar Galactica rend au genre sa fonction essentielle et intrinsèque qui est de refléter par le prisme déformant d’une projection dans un univers « autre » la réalité contemporaine de la société qui la produit. On a suffisamment souligné la portée métaphorique des 4400, autre illustration actuelle des peurs et des tentations contradictoires de la société américaine (mais pas seulement) ; Battlestar assume elle aussi cette fonction et délaisse le motif de la quête biblique sur laquelle insistait Glen Larson pour cultiver au contraire le leitmotiv de la fuite : de même que les survivants de l’humanité décimée fuient leurs poursuivants cylons, de même les personnages ont tous quelque chose à fuir, qu’il s’agisse d’une blessure du passé, de leurs responsabilités ou de leurs faiblesses. Cette caractéristique rappelle évidemment Babylon 5 dont les protagonistes étaient tragiquement emportés par leurs émotions, leurs ambitions et leurs haines.

Dans cette optique, le filmage nerveux, saccadé, haché même des combats spatiaux, les zooms brutaux, le recours au gros plan, tous les procédés de montage et de cadrage faisant appel au déséquilibre et à la surprise participent du discours global de la série, où l’incertitude des lendemains porte sur les conséquences du passé (la fuite des survivants est le lendemain toujours prolongé de la destruction de l’humanité planifiée par les Cylons et qui ne sera effective qu’avec l’anéantissement de la flotte rescapée) autant que sur un avenir que rien ne garantit. Dès la fin de la mini-série, l’objet même de la série originelle, la quête de la planète Terre, est dénoncée comme une supercherie destinée à rendre espoir à une population déracinée, apatride, traumatisée : le Commandant Adama lui-même, au moment où il s’engage à conduire les survivants jusqu’à leur Terre promise, ne croit pas réellement en l’existence de celle-ci.

Diffusée depuis 2005, Battlestar Galactica est ainsi devenue en définitive un incontestable succès qui aura duré quatre saisons et connu de nombreux spin-off.

 

Image

 

FICHE TECHNIQUE

Produit par : David Eick, Michael R. Joyce

Producteur exécutif : Harvey Frand

Consultants à la production : Glen A. Larson, Ronald D. Moore

Musique : Richard Gibbs

Directeur de la photographie : Joel Ransom

Montage : Dany Cooper

Casting : Heike Brandstatter, Eric Dawson, Carol Kritzer, Coreen Mayrs, Robert J. Ulrich

Conception de la production : Richard Hudolin

Directeur artistique : Doug McLean

Décors : Shirley Inget

Costumes : Deborah Everton

Maquillage : Hayley Miller, Bill Terezakis

Effets spéciaux : Robert Yeager, Kenneth Thompson, Jr., Douglas W. Beard, Terry Sonderhoff

Effets visuels spéciaux : Sean Apple, Chris Jones, Rob Bonchune

Cascades : Lauro Chartrand, Janina Dall, Monique Ganderton

Coordinations des cascades : Mike Mitchell, Aleks Paunovic

Production : R&D TV, Sky TV, USA Cable Entertainment (2005/2009)

 

Image

Image

 

LE GUIDE DES EPISODES

Dernière mise à jour : ( 12-07-2016 )
 

GUIDES D'EPISODES ANNEES 70

L'Age de Cristal avec Gregory Harrison, Heather Menzies, Donald Moffat. Guide des épisodes.

Image

Une série produite par Ivan Goff et Ben Roberts.

Un guide conçu par Christophe Dordain.

Crédits photographiques : MGM Television / CBS Television.

Lire la suite...
 

GUIDES D'EPISODES ANNEES 60

Le Cheval de Fer avec Dale Robertson et Gary Collins. Guide des épisodes.

Image

Une série créée par Stephen Kandel et James Goldstone.

Un guide conçu par Christophe Dordain.

Crédits photographiques : ABC Television / Dagonet Productions.

Lire la suite...
 

GUIDES D'EPISODES ANNEES 50

Au Nom de la Loi avec Steve McQueen. Guide des épisodes. Saison 3.

Image

Une série créée par Vincent Fennelly.

Un guide conçu par Thierry Le Peut.

Crédits photographiques : Four Star Films, Inc. / Malcolm Enterprises, Inc / CBS Television.

Lire la suite...
 

CONSULTEZ NOS ARCHIVES

Les archives du Magazine des Séries.

Image

Un index conçu par Christophe Dordain.

Dernière mise à jour le 29 mai 2017.

Lire la suite...
 

ARCHIVES RADIO

Roger Carel dans Le Magazine des Séries sur Radio Campus Lille le 19 février 2011.

Image

Un événement radiophonique à ne pas manquer en collaboration avec Jean-Luc Vandiste.

Le 19 février 2011 à 14h sur Radio Campus Lille.

Lire la suite...
 

RECHERCHEZ

SYNDICATION