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Les archives du Magazine des Séries.

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Un index conçu par Christophe Dordain.

Dernière mise à jour le 05 avril 2014.

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ACTEURS TV

William Conrad.

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Un portrait et une galerie conçus par Christophe Dordain.

Crédits photographiques : ABC Television / CBS Television / NBC Television.

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ACTRICES TV

Linda Thorson.

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Un portrait et une galerie conçus par Régis Dolle.

Crédits photographiques : ABC Television / Avengers Productions.

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FILMS TV

La Main Noire de Victor Vicas avec Jean-Claude Bouillon, Pierre Maguelon, Jean-Paul Tribout.

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Une série produite par Robert Velin, Etienne Laroche et Roland Gritti.

Un dossier conçu par Christophe Dordain.

Crédits photographiques : Jean-Pierre Julémont / Télécip.

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PRODUCTEURS TV

Stephen J. Cannell

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Un dossier conçu par Thierry Le Peut.

Crédits photographiques : Stephen J. Cannell Productions.

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REALISATEURS TV

Barry Crane.

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Les grands réalisateurs de séries télévisées.

Un dossier conçu par Christophe Dordain.

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Les Incorruptibles avec Robert Stack. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par anonyme   
18-05-2011

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Une série créée par Desilu Productions.

Crédits photographiques : ABC Television / Desilu Productions / Paramount Pictures.

LES INCORRUPTIBLES

(1959/1963)

 

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Cet article constitue un cas particulier dans les colonnes du Magazine des Séries puisque son auteur demeure encore aujourd'hui inconnu. Nous l'avions publié dans une ancienne version du site vers 1999/2000, mais, au hasard des changements que nous avons opérés récemment, nous avons perdu toute trace du rédacteur du présent dossier. Aussi, nous espérons que, par votre intermédiaire, il sera possible de le retrouver et de lui rendre justice dans le strict cadre du respect des droits d'auteur.

Merci par avance de votre compréhension et de votre soutien.

La Rédaction du Magazine des Séries.

 

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PREAMBULE

La lutte que mena Eliot Ness au début des années 30 pour faire chuter Al Capone devait bien, un jour, inspirer la télévision. Il en résulta une série aussi bien policière qu'historique, portant sur une période-clé de l'histoire des Etats-Unis, celle de la prohibition. "Les Incorruptibles" occupe également une place de choix dans l'univers de la télévision puisqu'elle fait partie, avec "Star Trek" et "Mission : Impossible", des trois plus célèbres séries que produisit la firme Desilu. Elle a par ailleurs permis à Quinn Martin de commencer une brillante carrière de producteur, carrière qui devait se poursuivre avec, entre autres, "Le Fugitif" et  "Les Envahisseurs" par exemple.

 

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LA VERITABLE HISTOIRE DES INCORRUPTIBLES

Chicago 1929. La loi sur la Prohibition, instaurée par le 18ème amendement, depuis déjà neuf ans, a suscité un florissant marché, celui de l'alcool clandestin commercialisé par la pègre. Al Capone règne en maître sur la ville. La population, déjà marquée par le Krach de Wall Street et la crise, ne supporte plus la misère, le chômage et les méfaits des gangsters. En réaction est né le Comité Civile pour la Prévention et la Punition du Crime, connu sous le nom de Groupe secret des Six, dirigé par Robert Isham Randolph, à l'instigation d'une association de commerçants. Désireuse de mettre un terme à la terreur propagée par les divers gangs à grand renfort de rafales de mitraillettes, ce groupe est malheureusement aussi paralysé que les 3000 policiers et les 300 agents de la Prohibition (un service spécialement mis en place pour lutter contre les contrevenants à la loi). En effet, la corruption gangrène le système policier et judiciaire tout entier. Grâce au policier Alexander Jamie (son beau-frère), Elliot Ness, un agent de la Prohibition, à peine âgé de 26 ans, assiste à une réunion du groupe. Il en sort avec l'idée de créer une petite équipe composée d'une dizaine d'hommes triés sur le volet, qui pourrait opérer en toute liberté dans le but d'arrêter Al Capone et son gang.

Ness obtient une entrevue avec le district attorney Johnson, le 28 septembre 1929. L'idée plaît beaucoup à Johnson qui lui propose de sélectionner et de diriger lui-même les agents. En fait, une semaine plus tôt, le district attorney et le président Hoover étaient convenus que, pour démanteler l'organisation d'Al Capone, il lui fallait à la fois réunir des preuves suffisantes pour inculper le gangster de fraude fiscale, et le combattre directement sur le terrain. Tandis qu'une comission d'enquête du Trésor, dirigée par Franck Wilson, examinera les finances de Al Capone, Elliot Ness, à la tête de la brigade spéciale, aura pour mission d'anéantir les brasseries et les distilleries du gang. Ces actions « coup-de-poing » auront pour objectif de supprimer les sources de revenus du gang afin de le rendre incapable de distribuer des pots-de-vin. Ness consulte des centaines de fiches et finit par sélectionner neuf noms, ceux d'agents chez qui il n'a décelé aucun faiblesse. Marty Lahart, un Irlandais casse-cou ; Sam Seager, qui semble tout droit sorti d'un roman policier et Barney Clooman, un autre Irlandais, seront les trois piliers de l'équipe de Ness. Lyle Chapman sera chargé de collecter des preuves parmi les papiers saisis au cours des raids. Tom Friel, Joe Leeson, Mike King, Paul Robsky et Bill Gardner complèteront l'équipe, chacun dans sa spécialité. Ness s'adjoint enfin les services d'un dénommé Franck Basile, un jeune repris de justice d'origine italienne, en qui il a toute confiance, qui lui servira de chauffeur et de traducteur occasionnel.

Pendant que Ness met son équipe en place, Al Capone, dit "Scarface" ou le "Balafré", purge une peine d'un an à la prison de Holmersburg (Pennsylvanie). En effet, au mois de mais 1929, de retour d'Atlantic City, où il avait convoqué les chefs de bande de Chicago, il avait été arrêté pour port d'arme prohibé à la sortie d'un cinéma. Cependant, il bénéficiera d'une libération anticipée pour bonne conduite en mars 1930. En son absence, Ralph, son frère, règle les affaires courantes et a établi son quartier général au Café Montmartre, un Speakeasy (bar clandestin). C'est à ce moment que Ness lance ses premières attaques. Au volant d'un camion armé d'un éperon blindé, Ness et ses hommes multiplient les raids contre les brasseries et les distilleries pour détruire l'alcool clandestin et saisir registres et papiers compromettants. Il fait installer des tables d'écoute au Liberty Hall, le bureau de Capone, et au Café Montmartre. Il réussit même à introduire un indicateur au sein du gang en la personne de George Thomas, dit « le Gosse ».

 

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Au fil des mois, les gangsters voient leur sources de revenus se tarir. Ils tentent bien de corrompre l'équipe, mais en vain: Le jour où « le Gosse » offre deux cents dollards à Ness de leur part, le policier s'étouffent de fureur: "Je veux que tu leur rapportes cette enveloppe et que tu dises qu'Elliot Ness n'est pas à vendre, ni pour dix mille, ni pour cent mille par semaine. Pas pour tout l'or sur lequel ils pourraient mettre leurs sales pattes !" Dès le lendemain, Lahart et Seager font irruption dans le bureau de Ness en brandissant une liasse de deux mille dollars. Ness, ravi de la réaction de ses agents, convoque les journaux et les actualités cinématographiques pour leur faire savoir que ni lui, ni ses hommes ne se laissent soudoyer. Le lendemain, l'histoire s'étale sur huit colonnes en première page des journaux: Elliot Ness et ses jeunes agents ont prouvé à Al Capone qu'il étaient incorruptibles. Un journaliste s'empare du mot et titre, en énormes caractères gras, au dessus de la photo des agents: « LES INCORRUPTIBLES ». Les agences de presse suivent le mouvement et le vocable vole d'une côte à l'autre du pays. Les Incorruptibles sont nés.

Peu après, une tentative de meurtre contre Elliot Ness échoue. Malheureusement, son chauffeur, Basile est retrouvé mort. Après avoir arrêté sont assassin, Ness fait défiler devant les fenêtres de l'hôtel Lexington, où Capone réside, un cortège constitué de camions, saisis au gangster, escortant la dépouille de Basile. La guerre est désormais ouverte entre les Incorruptibles et le seigneur de Chicago. Parallèlement, l'action des Fédéraux finit par porter ses fruits et la justice se met en mouvement. Ralph Capone et Jack Guzik (le trésorier du syndicat) sont inculpés de fraude fiscale et condamnés. Le 12 juin 1931, Capone et 68 de ses complices sont condamnés pour cinq mille délits contre la Prohibition. Capone est également inculpé de fraude fiscale. Le 24 Octobre 31, le juge Winkerson le condamne à onze ans de prison ainsi qu'à une amende de cinquante mille dollars. Ses avocats font appel, mais la sentence est confirmée six mois plus tard. Le 3 mai 1932, Scarface est envoyé sous bonne garde au pénitencier d'Atlanta. En moins de deux ans, Ness et ses hommes auront puissamment contribué à démanteler l'empire d'Al Capone et mis un terme à sa carrière de criminel. Ce dernier ne sortira qu'en janvier 1939 pour s'installer en Floride où malade, il mourra en janvier 1947.

Après la défaite d'Al Capone, l'équipe des Incorruptibles fut dissoute et Elliot Ness promu chef inspecteur de la Prohibition pour la division de Chicago. En 1933, le FBI le mute à Cincinatti avec la mission d'assainir les "dangereuses montagnes à tord-boyaux" du Kentucky, du Tennessee et de l'Ohio. En 1934, il est nommé à Cleveland (Ohio) au poste de directeur de la sécurité publique. Il recrute là aussi une équipe d'élite, composée de deux hommes et d'une femme dont l'identité est connue de lui seul, qu'il baptise « Les Inconnus ». Ness réorganise le corps des sapeurs-pompiers de Cleveland. Puis, devenu directeur de la protection civile de 1941 à 1945, il est chargé de lutter contre la prostitution et les maladies vénériennes aux abords des établissement millitaires et des centres de production travaillant pour la Défense nationnale. En 46, il reçoit la Croix du Mérite de la Marine. Après la guerre, il s'installe avec sa femme Betty, et son fils Bob, en Pennsylvanie. En 1958, il rencontre Oscar Fraley qui lui conseille d'écrire ses mémoire. A court d'argent, il accepte. Il confie au journaliste tous les documents qu'il avait conservé et lui raconte ses souvenirs. Le 16 mai 1957, sa femme trouve étendu dans la cuisine. Elliot Ness vient de mourir d'une crise cardiaque. Il avait 54 ans. En peu de temps, il devint une légende, un véritable héros dont la télévision va conter les aventures, celle d'un simple agent de la Prohibition que l'on ne pouvait pas acheter.

 

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UNE SERIE NOVATRICE EN SON TEMPS

Le premier mérite de la série "Les Incorruptibles" est de s'être inspirée du destin de ce personnage héroïque qu'est Elliot Ness. Si la série prend quelques libertés avec la vérité historique (le groupe des Incorruptibles n'est pas dissout à la suite de l'arrestation de Al Capone, par exemple), elle est en revanche d'une fidélité exemplaire (dans les décors, les accessoires ou les vehicules) à la réalité de l'époque dont elle a impeccablement restitué l'atmosphère. Le commentaire, alliant la précision et la froideur d'un rapport de police, qui accompagne les images, accentue leur réalisme. Ajoutées à un montage serré, les prises de vue d'une sobriété presque déconcertante, font des "Incorruptibles" une oeuvre télévisuelle proche du documentaire. La musique du générique, composée par Nelson Riddle, n'est d'ailleurs pas sans rappeler les accords solennels qui annonçaient les actualités cinématographiques de l'époque.

La violence inouïe pour l'époque montrée dans "Les Incorruptibles" (nombre de tués, gangsters, indicateurs, policiers ou passants prix dans un règlement de comptes) est impressionnant et révèle à quel point la période fut difficile à vivre et l'air empli de menaces. Pour illustrer cette noirceur, la série fut en grande partie filmée de nuit, certes pour rendre hommage aux films noirs de la grande époque, mais aussi pour accentuer le contraste entre les bons (les Incorruptibles) et les méchants (les gangsters). Ce n'est pas non plus un hasard si, à l'interprétation souvent emphatique, mais géniale, d'un Bruce Gordon (Franck Nitti) ou d'un Nehemiah Persoff (Jack Guzik) répondait à celle, pondérée et mesurée, des acteurs (Jerry Paris, Abel Fernadez, Nick Georgiade, Antony George, Paul Picerni, Steve London) incarnant les Incorruptibles. Deux d'entre eux, Rossman et Youngfellow, ne parlent même presque jamais...

Toutefois, la réussite de la séries repose bien évidement sur la superbe interprétation de Robert Stack. Avare en sourire, d'une élocution parfaite, la composition qu'il donna du personnage fit dire à Elizabeth Ness, la veuve du policier, en 1961: "Je suis très heureuse de l'interprétation de M. Stack. Il a la même voix tranquille et la même gentillesse qui caractèrisaient Elliot. Il sourit moins, mais on a donné à Mr Stack l'occasion de rire moins souvent qu'à Elliot dans la vie."

Le reste de la distribution offre quelques belles surprises, les prestations de futurs vedettes du petit et du grand écran à leurs tous débuts : Jack Lord, Martin Landau, Dick York, Leslie Nielsen, Anne Francis, Peter Falk, Elizabeth Montgomery, Steven Hill, Telly Savalas, Lee Marvin, Charles Bronson, Linda Evans, Barbara Stanwick, Robert Redford, Robert Duval, Roy Thinnes, Robert Vaughn, etc.

 

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LE ROLE CRUCIAL DE LA FIRME DESILU ET DU PRODUCTEUR QUINN MARTIN

Certains critiques ont attribué tout le mérite du feuilleton au seul producteur exécutif Quinn Martin. Or, si l'on en crois Phil Karlson, le réalisateur du pilote, Quinn Martin a eu très peu de chose à voir avec la genèse de la séries, par contre il a été très actif en tant que producteur exécutif notamment au cours de la première saison. Le réalisateur en attribuait d'ailleurs tout le mérite à Desi Arnaz. Cet ancien chef d'orchestre de variété et chanteur cubain avait créé, en 1950, avec son épouse, la comédienne Lucille Ball, la Désilu, qui fut la première et la plus importante compagnie de prodiction de télévision des années 50 et 60. Elle produisit les grandes series de l'époque, "L'extravagante Lucy", "Les Incorruptibles", "Star Trek", "Mission: Impossible", "Mannix", etc. et fit débuter de nombreux créateurs et futurs producteurs: Aaron Speeling, Richard Link, William Levinson, Gene Roddenberry, Stephen J. Cannell, etc.

C'est Desi Arnaz qui acquit les droits du livre d'Elliot Ness et d'Oscar Fraley et qui engagea Phil Karlson, auquel il demanda de donner aux "Incorruptibles" les qualités des films policiers de séries B, c'est-à-dire d'allier au style semi-documentaire, un montage nerveux et un choix d'excellents acteurs de second plan. Pourtant, il faut bien admettre que le véritable talent de Quinn Martin fut de suivre ces directives et des les appliquer scrupuleusement tout au long des 118 épisodes. La série fit ainsi sa fortune et lui permit de créér sa fortune sa propre compagnie (QM Productions).

Le reste de la carrière de Quinn Martin a démontré toute l’étendue de ses capacités. Pour en savoir plus au sujet de Quinn Martin, découvrez son portrait : Quinn Martin.

 

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LA PRODUCTION

Le livre, intitulé Les Incorruptibles, qu'Elliot Ness et Oscar Fraley, écrivirent ensemble, rencontra un tel succès que Dési Arnaz, patron avec son épouse Lucille Ball de la société de production Desilu, s'empresse d'en acheter les droits. Présentateur et producteur d'une série d'anthologie intitulée "Desilu Playhouse", diffusée depuis 1958 sur CBS, il envisageait d'adapter le roman pour la télévision. Mais, quelques problèmes entravèrent d'emblée la réalisation du projet. Le scénario, écrit par Oscar Fraley et Elizabeth Ness, s'étant révélé trop faible, Desi Arnaz fit appel à un jeune homme du nom de Quinn Martin qui réussit à relancer la production. Les deux hommes engagèrent pour la réalisation un spécialiste du film noir, Phil Karlson, qui devait imprimer sa marque pour le restant de la série. Pourtant, à l'époque, il n'était pas prévu que le téléfilm connut une suite.

Après la défection de Van Heflin, celle de Van Johnson, Desi Arnaz et Quinn Martin songent à Fred MacMurray, Jack Lord ou à Cliff Roberston. Face à leur refus, ils décident d’engager Robert Stack. Celui-ci hésite cependant à devenir Elliot Ness, un rôle qu'il considère à contre-emploi pour lui. Le seul point commun entre les deux hommes est, en effet, leur expérience des armes: Stack est un tireur d'élite. Il accepte pourtant leur proposition. Il a raconté dans sa biographie, Straight Shooting (avec la collaboration de de Mark Evans, Edition: MacMillan, 1980, inédite en France), comment il a abordé le rôle : "Pour incarner Ness, je me suis inspiré des trois hommes les plus braves que j'aie jamais rencontrés. Le premier, Andy Murphy, souvent taciturne, fut pourtant le meilleur soldat que les Etats-Unis ont compté au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le deuxième, Buck Mazza, mon compagnon de chambre dans la Navy, était le pilote de bombardier le plus décoré de la Flotte. Comme il ne portait jamais ses insignes, ni ses décorations, je ne savait pas qu'il était pilote. Une nuit de beuverie, je lui expliquais comment voler sur un bombardier. Il m'écouta silencieusement, sans sourciller. Le troisième était un cascadeur du nom de Carey Loftin. C'est Carey qui m'a sauvé la vie lors d'un accident de moto dans le désert de Mojave. Tous trois avaient en commun d'être les meilleurs dans leur domaine. Ils ne s'en sont jamais vantés."

L'audience record enregistrée par les deux parties du téléfilm incita ABC à demander à Desi Armaz et Quinn Martin de travailler à la conception d'une série qui mettrait en scène Elliot Ness et ses incorruptibles. Malheureusement, le téléfilm avait totalement épuisé les ressources véridiques du livre. Si l'on s'en tenait à la vérité historique, Al Capone arrêté, la brigade spéciale devait logiquement être dissoute. Pourtant, c'était sans compter sur l'imagination fertile des scénaristes. Sous leur plume, Elliot Ness allait ainsi devenir, entre autres, l'auteur de l'arrestation de Ma Barker et de ses fils, au grand dam du FBI, véritable responsable de la mise sous les verrous du gang !

La réaction du FBI n'est que l'une des nombreuses manifestations de mécontentement suscitées par la série et de multiple pressions s'exercèrent contre la production. Frank Sinatra et le cardinal Spellman, au nom de la communauté italo-américaine, et avec eux une bonne partie de la Mafia américaine, reprochaient à la série de mettre systématiquement en scène des gangsters aux patronymes italiens. J. Edgar Hoover, le patron du FBI, considèrait, quand à lui, qu'elle donnait une image trop négative de la police. De nombreuses associations de téléspectateurs protestèrent en outre avec véhémence contre la violence distillée par les épisodes. Les producteurs, conscients que les qualités de la série résidaient précisément dans ce qu'on lui reprochait, résistèrent longtemps (durant les trois premières saisons) à ces différentes pressions. Puis, ils finirent par céder sur de nombreux points. Il faut dire que le retrait de la firme Liggett et Myers qui parrainait la série, à la suite des menace de boycott qu'elle avait reçues du syndicat des dockers, les avait pour le moins inquiétés. Ces concessions entraînèrent "Les Incorruptibles" vers des histoires policière au ton conventionnel qui lui firent perdre une grande partie de son public, désaffectation qui signa son arrêt de mort à l'issue de la quatrième saison, en 1963.

Il fallut attendre 1990 pour que Robert Stack reprenne les traits d'Elliot Ness dans un téléfilm "Le retour d'Elliot Ness". L'action, située en 1947, à Chicago, amena le policier à enquêter pour laver l'honneur d'un des anciens membres de son équipe. En 1987, la série avait inspiré Brian de Palma qui en avait tiré un film homonyme à gros budget. Kevin Cosner, Sean Conery et Robert de Niro s'y partageaient la vedette. Enfin, de 1992 à 1994, Elliot Ness, sous les traits de Tom Amandes, et Al Capone, sous ceux de William Forsythe, ont continué de s'affronter dans une nouvelle série, en couleur cette fois, toujours intitulée "Les Incorruptibles". Dans cette nouvelle mouture, Ness et Capone sont plus que de simples ennemis. Chacun semble faire de chaque combat qui les oppose une affaire personnelle. Ness y paraît froid et impitoyable tandis que Capone, semble plus humain mais aussi plus cynique, irradie de jovialité et de vulgarité. Les deux personnages sont constamment opposés par un habile montage parallèle.

 

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LES REALISATEURS

Sur l’ensembles des quatres saisons, des dizaines de téléastes se sont succédés. Les réalisateurs les plus prolifiques furent les suivants:

Walter Grauman (né en 1922 à Milwaukee). Il débuta à la télévision vers le millieu des années 50 dans l'emission "The Matinee Theatre", avant de devenir un des artisans attitrés des "Incorruptibles" (21 épisodes), du "Fugitif" et des "Rues de San francisco". Pour en savoir plus : Walter Grauman.

Suart Rosenberg (né en 1928 à New York). Cet ancien étudiant de l'Université de New York, spécialiste en littérature irlandaise, entra à la télévision à la fin des années 50. Il travailla en tant que réalisateur sur les séries "Alfred Hichcock présente", "The Defenders", "Naked City", "La quatrième Dimension"et "Les Incorruptibles" (14 épisodes): Il fit une incursion au cinéma dès 1960 avec "Crime, société anonyme" (terminé par Burt Balaban), avant de devenir un des réalisateurs fétiches de Paul Newman ("Luke la main froide", "La toile d'araignée") et de signer l'admirable "Brubaker" avec Robert Redford en 1980.

 

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Découvrez le portait d'autres prestigieux téléastes qui ont collaboré à la série :

Paul Wendkos

Paul Stanley

Vincent McEveety

Robert Butler

 

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LA DIFFUSION AUX ETATS-UNIS

Lors de sa diffusion, le téléfilm obtient 36,1% d'audience, un record. Quelques jours à peine après la diffusion de la seconde partie, Desi Arnaz est contacté par la chaîne concurrente, ABC, qui souhaite mettre en chantier une série ayant pour thème "Les Incorruptibles". L'ennui, c'est que l'histoire a été racontée intégralement dans le téléfilm. La brigade y a même été dissoute après l'arrestation de Capone. Qu'à cela ne tienne! L'équipe d'Eliot Ness affrontera désormais les lieutenants de Capone, notamment Franck Nitti (superbement interprété par Bruce Gordon) et Jack Guzik (Nehemiah Persoft), le comptable de la bande. Au prix de quelques entorses avec la réalité historique, les Incorruptibles lutteront contre quelques gangsters qui marquèrent l'histoire du crime au Etats-Unis durant les années trente: "Burgs" Moran, (Lloyd Nolan), "Mad Dog" Coll (Clu Gulager), Dutch Schultz (Laurence Dobkin), Johnny Torrio (Charles McGraw), Jack "Legs" Diamond (Steven Hill) et même le célèbre gang de Ma Baker (Clare Trevor)…

Comme pour le téléfilm, Robert Stack avait hésité à se lancer dans la série mais, après quelques heures d'âpres négociations, il se laissa convaincre. Il n'eut pas à le regretter. En quelques semaines, il devint une star. Il faut dire que son interpretation force l'admiration : constamment tendu, il ne sourit jamais. Il faut le voir, impassible, le regard parfois rieur, relever son chapeau d'un geste du pouce, décrocher le téléphone en disant "Ici Ness !", dégainer son Smith & Wesson en criant "Police fédérale, rendez-vous!", arroser de sa mitraillette Thompson un entrepôt pour détruire un stock d'alcool clandestin et prononcer sa rituelle formule: "Rossi, Hobson, Youngfellow, on y va !". Autant de gestes et de phrases, répétés au cours des 118 épisodes, qui vont faire de Robert Stack Elliot Ness à jamais.

Les réalisateurs ont, quand à eux, accompli un travail extraordinaire sur l'éclairage, accentuant les contrastes dans les scènes de nuit, exactement comme dans les films noir dont la série s'inspire. Quinn Martin y ajoute un commentaire, dit pat Walter Winchell, qui explique explicite l'action avec force détails. Les dates, les lieux et les faits, exposés sans fioritures, donnent à la série un ton d'authenticité assez réjouissant quand on sait que les événements relatés sont faux.

Les téléspectateurs vont assister à la première de cette symphonie en noir et blanc le 15 octobre 1959. Le 28ème épisode de la première saison marque la disparition de l'un des Incorruptibles, l'agent Cam Alison (Incarné par Anthony George, qui devait devenir, l'année suivante le héros de la série "Echec et mat" aux côtés de Doug McClure et de Sebastian Cabot) trouvant la mort en voulant protéger Elliot Ness. L'agent Flaherty avait disparu pour sa part depuis l'épisode intitulé La petite Egypte (Jerry Paris, son interprète, allait, plus tard, devenir producteur de séries à succès). La diffusion de l'épisodes "La loi de la mafia" provoqua quelques remous. Robert Stack raconte qu'à cette époque, le FBI niait l'existance de la Mafia. L'épisode ne fut jamais rediffusé.

La deuxième saison voit apparaître un nouvel Incorruptible, Lee Hobson (Paul Piccerni), qui secondera Eliot Ness. Le succès de la série se confirme. Elle passe de la 43ème place à la 8ème en terme d'audience, mais chute à la 41ème au cours de la troisième saison à cause de l'horaire tardif choisi pour contenter ses adversaires qui la jugent trop violente et veulent la faire arrêter. L'édulcoration progressive des scénarios entraînera son déclin, puis sa disparition à l'issue de la quatrième saison.

 

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LA DIFFUSION EN FRANCE

Le 21 mai 1963, la diffusion de "L'homme aux grenades" met donc un terme à la saga des "Incorruptibles" sur la chaîne ABC. Les gangsters tiennent ainsi leur revanche, posthume, sur Elliot Ness et sont équipe. La défaite est cependant provisoire puisque c'est maintenant au monde entier de decouvrir le show. En France, des spectateurs privilégiés avaient pu assister aux premiers exploits d'Elliot Ness en 1961. En effet, le téléfilm de 90 mn, réalisé par Phil Karlson, y avait été exploité en salles sour le titre "Le tueur de Chicago". Mais, il faut reconnaître que cette sortie avait revêtu plutôt un caractère confidentiel. Le film fera heureusement l'objet d'une reprise en 1966, sous le titre "Les Incorruptibles défient Al Capone", succès de la série oblige.

Les téléspectateurs français ont en effet découvert Les incorruptibles sur la 2ème chaîne, le 05 janvier 1964, un dimanche soir avec l'épisode intitulé "Le coup de filet". Robert Stack y était doublé, comme dans le film, par Marc Cassot. Dès le deuxième épisode, c'est Jacques Deschamps, déjà la voix française de Gene Barry dans "L'homme à la Rolls" et de Robert Horton dans "La grande caravane", qui prend la relève et restera la voix d'Elliot Ness jusqu'à nos jours (y compris dans le téléfilms de 1990, "Le retour d'Elliot Ness"). "J'ai eu des difficultés avec Robert Stack, raconte-t-'il. Son débit est rapide, à peine articulé. Il m'a fallu trouver le même rythme, tous en restant compréhensible." Jacques Théhault, un autre grand du doublage, il doublait déja John Lupton dans "La flèche brisée", Patrick McGoohan dans "Destination Danger", Larry Pennel dans "Les hommes volants" sans oublier Steve McQueen dans "Au Nom de la Loi" et Robert Conrad dans "Les Mystères de l'Ouest", devient la voix du narrateur Walter Winchell. Son débit rapide, précis, style "rafale de mitraillette", fait merveille.

Toutefois, l'ORTF n'avait acheté que quatorze épisodes et leur diffusion s'achève le 12 avril 64. Le succès est au rendez-vous, malgrè le petit nombre de téléspéctateurs qui a pu les suivre. En effet, en cette époque pionnière, la deuxième chaîne n'est pas encore captée sur l'ensemble du territoire. Si bien que la direction de l'ORTF décide de reprendre neuf des quatorzes épisodes sur la 1ère chaîne, pendant l'été 64, le vendredi soir à 20h30. Les hebdomadaires de télévision précisent que « le réalisme et la violence de certaine scènes peuvent impressionner fâcheusement les jeunes imaginations. » Télé 7 Jours publie un énorme dossier de huit page qui présente la série.

La 2ème chaîne reprend la diffusion en octobre 64 mais, cette fois, avec 24 nouveaux épisodes, puis de janvier 66 à mars 67, avec une série reléguée en fin de programme, aux alentours de 23h, à cause de sa violence. De nouveaux épisodes, dont certains inédits, seront proposés en 1972. Au cours de ces années, la télévision aura diffusé 91 des 118 histoires. On peut considérer qu'un tel nombre d'épisodes diffusés sur une chaîne française à l'époque est exceptionel. En effet, en ce temps-là, la télévision, circonspecte, avait coutume de commencer par acheter 13 épisodes. Au début des années 1960, seules "Au nom de la loi", et "Aventures dans les îles" avaient dépassé la barre de la cinquantaine d'épisodes achetés. Antenne 2 rediffusa 32 épisodes en 75-76 dans l'après-midi, et il faudra attendre que TF1 achète la série pour que soient diffusés tous les inédits entre 82 et 88. France 3 l'a achetée pour la diffusée en juillet-août 92 en fin de matinée puis, au cours de l'hiver suivant, le vendredi soit très tard.

"Les Incorruptibles" ont rencontré, en France (comme aux Etat-Unis), un grand succès. Le 22 mai 1966, Robert Stack arrive à Paris, en compagnie de Rosemarie, son épouse. Il est en effet l'invité d'honneur de Télé 7 Jours. Il y reçoit le Trophée de la télévision. La France est étonnée de découvrir ce grand Américain qui parle un français impeccable. Il faut dire que Paris ne lui est pas inconnu puisqu'il y a vécu, enfant, de longues années. Dans Straight Shooting, ses Mémoires, il rappelle cette anecdote: "La série fut diffusée à l'étranger, notamment en France. Peu de temps après, Bruce Gordon et moi, nous promenant sur les Champ-Elysées, provoquâmes un bel embouteillage. Nous étions innocents, mais, pour les Parisiens, Franck Nitti et Eliot Ness marchaient bel et bien côte à côte! Je n'avait jamais complètement mesuré l'impact de la série tant que j'avait été enfermé dans les studios et n'avais pu voir les réactions des gens de par le monde."

 

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FICHE TECHNIQUE

Producteurs : Lloyd Richards, Josef Shaftel, Norman Retchin, Alvin Cooperman, Charles Russell, Sidnet Marshall, Walter Grauman, Stuart Rosenberg, Paul Harrison, Herman Hoffman, Bert Granet

Producteurx exécutifs : Alan A. Armer, Jerry Thorpe, Quinn Martin, Leonard Freeman, Desi Arnaz

Producteurs associés : Vincent McEveety, Del Reisman

Musique : Nelson Riddle, Pete Rugolo, Jack Cookerly, William Loose, Leith Stevens

Directeurs de la photographie : Charles Straumer, Glen MacWilliams, Robert B. Hauser

Supervision du montage : Bill Heath

Montage : Ben Ray, Robert L. Swanson, Robert Watts, Elmo Veron, William B. Murphy, George Jay Nicholson, Axel Hubert, Sr., John M. Foley

Casting : James Lister, Lynn Stalmaster, Kerwin Coughlin,

Directeurs artistiques : Rolland M. Brooks, Ralph Berger, Howard Hollander, Frank T. Smith, William Glasgow, James Hulsey 

Décors : Sandy Grace, Harry Gordon

Costumes : Frank Delmar, Byron Munson

Maquillage : Kiva Hoffman, David Newell

Coiffures : Irene Beshon, Anna Malin, Jane Chabra, Jean Udko, Beth Langston, Merle Reeves, Lorraine Roberson

Régisseur : Marvin Stuart

Supervision de la production : Argyle Nelson, James Paisley

Assistants-réalisateurs : Sergei Petschnikoff, Vincent McEveety, Ted Schilz, Bud Grace, Russ Haverick, Lou Watt

Montage du son : Joseph G. Sorokin, Ross Taylor, Josef von Stroheim, Wayne Fury, John Pos

Effets spéciaux : A.D. Flowers, A. Paul Pollard

Effets visuels spéciaux : The Howard Anderson Company

Cascadeurs : Charlie Picerni, Carol Daniels

Supervision de la musique : Robert H. Raff, Ted Roberts, Wilbur Hatch, Julian Davidson

Assistant du producteur exécutif : Arthur Fellows

Production : Desilu Productions / Langford Productions (1959/1963) 

 

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Dernière mise à jour : ( 23-05-2011 )
 

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Robert Conrad dans Le Magazine des Séries sur Radio Campus Lille le 03 avril 2010 !

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Un événement radiophonique à ne pas manquer en collaboration avec Jean-Luc Vandiste.

Le 03 avril 2010 à 14h sur Radio Campus Lille.

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